Tout d'abord : Ami chauffeur de bus, Ami chauffeur de taxi : Vos gueules. Non, ça ne m'intéresse pas de savoir que "y'a mon numéro sur ma carte, vous pouvez m'appeler quand vous voulez. Vraiment quand vous voulez hein!" , avec un clin d'œil en plus. Parce que je rappelle que le clin d'œil, c'est interdit depuis les années 90. Ça me fait penser à Parker Lewis. Ca me fait penser à Sauvé par le gong. Ça me fait penser sweat Waikiki, pantalon fuseau avec le chien de la marque chipie dessus. Moi pendant les années 90, j'étais (très) mineure. Espèce de vieux pervers dégueulasse.

Sujet du jour :

De le "c'est si vilain dans la bouche d'une fille"

Il était une fois, l'auteur qui racontait quelque chose de très intéressant. Quelque chose qui devait surement répondre aux mots clefs "Hihihi/alcool/homme/oh la connasse. Quand soudain, un individu - masculin - lui dit alors :

" Han les gros mots, c'est pas beau dans la bouche d'une fille!"

Alors oui, l'auteur n'est pas de mauvaise foi, et oui ce n'est pas très joli de parler mal. Ca ne donne pas beaucoup de points de charisme en plus, et elle est un peu mortifiée (oui oui, complétement) à l'idée de toutes les cousine de, soeur de, college de, qui passent ici et qui peuvent admirer à quel point ça peut être un peu vulgaire. En vrai, l'auteur est une fille douce, sensible et timide, qui jure peu et rougit beaucoup. Croyez moi mes doux papillons de nuit, je ne suis que douceur et plumes d'oiseau.

Ou pas vraiment, en fait.

Ca doit être bien, d'être une fille réservée. De porter des jupes plus longues et des décolletés moins profonds. D'aller se remaquiller dans les toilettes. De dire la phrase horrible "je vais me repoudrer le nez", l'air niais. De dire qu'après deux verres, "oula, c'est bon, j'ai trop bu" (notons que ça serait bien plus économique, merde). De rougir quand quelqu'un parle de sexe à côté. De parler peu, pour écouter les hommes qui ont bien plus de choses à dire. De dire "hihihi", "zut", "mince", "flute", "oh mon dieu". D'être évanescente, la bouche en cœur. Genre je renierai ma patrie, je renierai mes amis, si tu me le demandais. On peut bien rire de moi. Moi je ferai n'importe quoi, si tu me le demandais. (Oh oui ces paroles sont tellement belles, et bouleversante) (Mais bon, rappellons que la Edith, elle était un peu accro à la morphine)(Didith, poche a gnôle!)

Soyons la plus sage, la plus discrète, la plus réservée. Pour que comme ça, quand votre mec se retrouve seul avec ses amis, il puisse dire :

"Putain comment elle est coincée du cul. Mais bon, t'as vu le cul qu'elle a aussi. Et ses seins, je crois que je pourrais passer ma vie dedans si elle arrêtait de faire l'étoile de mer au pieu merde!"

Attention, je ne dis pas que c'est mieux de se lever le matin avec une tête de Régis, des traces de maquillage en mode emo-gothiquo-artistique sur les joues et de la vodka qui coule par les yeux. De faire des concours de shooter et de rire très fort en parlant d'histoire peu recommandables à base de "franchement, a partir de cinq, je trouve que ça fait trop de monde", de "tu sais les filles, quand elles disent non aux menottes, ça veut dire oui". De faire des café langue de putes et faire fuir le petit couple mignon d'à côté parce que vraiment non, au premier rendez vous, on a pas envie d'entendre qu'on est pas obligé de coucher le premier soir quand on peut le faire dès l'après midi.

Je ne dis pas que c'est mieux. Je répondrais juste au monsieur de la réplique qui parlait de ma bouche:

"Mec, sérieux, ferme la putain!"

Parce que de un, "gros mots", ça se dit plus depuis qu'on a huit ans. De deux, je ne vois pas le rapport entre mes mots, laids ou non, et le fait que j'ai des ovaires. Parce que toi monsieur, tu as des testicules, mais ça change rien à ta capacité à la parole. T'es pas pire que moi, pas mieux, t'as pas plus, ni moins le droit de dire des choses sales. Juste que moi j'ai des seins et je pourrais toujours m'excuser avec une voix faussement douce en disant "oh je ne le pensais vraiment pas!" alors que toi, tu te feras casser la gueule, et que moi je danserai sur ta silhouette en sang. Et je ferai les contours de ta silhouette à la craie sur le sol, parce que vraiment, en vrai, je ne suis pas que douceur et plumes d'oiseaux.

Mais moi, j'aimerais bien dire des jolies choses. J'aimerais bien être la princesse du conte, celle qui quand elle ouvrait la bouche, il n'en sortait que des pétales de fleurs, des pierres précieuses et des boutons de roses.

3
Lalala, j'attends un prince charmant parce qu'il a de la thune, lalala

Sauf que dans le conte, le prince, il ne demandait pas à la princesse de lui en tailler une dans un recoin du château.

Comment ça rien à voir? Comment ça, je confonds tout? Nos bouches de filles doivent être délicates, et ne jamais laisser passer entre nos lèvres des choses vulgaires. Par contre, quand on parle de pénis, c'est pas la même chose.

A la ville, on doit être des princesses. Dans le lit, des catins. Dans le recoin de l'ascenseur, des catins. Sur le canapé, des catins. Quand on sort le soir, des princesses. Avec les autres, des princesses. Dans des bras masculins, des catins. On doit pouvoir être capable de faire un strip tease intégrale sans sourciller, et rougir dans la minute d'après quand on nous parle de façon trop vulgaire. On n'a pas le droit de dire des grossièretés mais on doit pouvoir faire toutes les positions du kamasutra, même les pages annexes, même la quatrième de couverture.

Alors oui les gros mots, c'est vilain dans ma bouche. C'est bouh. C'est caca. C'est sale. Vilaine fille, vilaine. Mais il parait qu'on est en 2010, et qu'en 2010, j'ai le droit de dire a n'importe quel homme "ta gueule, je fais ce que je veux". J'ai le droit de porter le rouge à lèvres le plus rouge-catin qui existe, de porter la robe la plus courte que je veux.

J'ai le droit de dire bite.

Connard.

Enculé.

Ta race.

Merde.

Salope.

Mec, t'es mignon mais t'es lourd, alors si tu veux te taper des filles,
tu vas chercher ta mère et ta sœur et tu nous fous la paix.

Pute
.

C'est laid, oui. Mais ça n'a rien à voir avec mes chromosomes
Parce que moi j'aimerai pas avoir des pétales de fleurs, des boutons de roses et des bijoux qui sortent de ma bouche quand je parle. Ca serait pas pratique, sauf peut être pour payer les verres, ceux que les filles boivent quand elles ne s'arrêtent au deuxième pour faire semblant d'être des princesses.