Du blabla avant le sujet qui fait "kuduro oyoyoyo":

Dans mon toujours merveilleux bouquin "Stiff, the curious life of Human Cadavers", j'ai pu apprendre récemment que l'estomac humain se déchire à partir de 4 litres de bouffe, ce qui est déjà pas mal, bande de gros boulimiques.

Mais le plus intéressant, c'est de savoir que le record absolu de bouffe-que-tu-peux-mettre-à-l'interieur-de-toi-dans-un-temps-beaucoup-trop-court est détenu par une mannequin londonienne de 23 ans. En 1985, en rentrant un soir chez elle, elle décida de bouffer un peu en mode "hey johnny j'ai bien envie de me faire un sandwich".

Sauf que madame Jean Louis David, elle aurait avalé l'équivalent de dix kilos de nourriture. Ce qui, bien sur, l'a fait, dans le jargon de la médecine, "crever sa mère". Voici ce que l'on a retrouvé dans son estomac (qui a explosé à la fin du festin)(connasse, va) :

- 500 grammes de foie

- 1 kilo de rognon

- 250 grammes de steak

- 500 grammes de fromage

- 2 œufs

- 2 épaisses tranches de pain

- 1 chou fleur

- 10 pêches

- 4 poires

- 2 pommes

- 4 bananes

- 1 kilo de prunes

- 1 kilo de carottes

- 1 kilo de raisin

- 2 verres de lait

Pourquoi autant? Pourquoi des rognons? Pourquoi un chou fleur alors que c'est dégueulasse? Pourquoi deux verres de lait à la fin, en mode kikoo-le-calcium-c'est-la-santé-hihih?

La drogue, c'est mal les enfants.

Sujet du jour :

 

De le don de moelle osseuse :Vous n'allez pas en crever,

eux sans vous, si.

Dans la vie de tous les jours, vous, vous travaillez, vous prenez les transports en commun, vous payez vos impôts, votre mutuelle, vos courses.

Moi, pendant ce temps là, je suis veilleur de vie.

Ouais, mec, moi, je suis Batman. Je me balade en cape et string, et j'arpente les rues, le front plissé, le regard lointain.

La classe.

AfficheBioMed

 NANANANANA BATMAN

 

Ouais, ok, on est d'accord, ça fait con comme affiche. Mais ce n'est pas moi qui choisis la marque de la cocaïne qui finit dans le nez de ceux qui pondent les slogans, alors merci de ne pas y faire attention (ET PUIS BATMAN MERDE).

Donc aujourd'hui, on va parler un peu du don de moelle osseuse, vous et moi. Oui, je sais, c'est nul qu'on ne puisse pas parler de penis tous les jours. Mais bon, les pénis, on pourra toujours en reparler plus tard, ils n'auront pas bougé.

Donc avant toutes choses, j'éclaircis un point :

Je suis ce qu'on appelle une personne hypersensible. Ce qui veut dire que tout me touche, tout me brûle, tout m'atteint. Quand n'importe quel chanteur gueule qu'il est "lying on the floor", dévasté de chagrin, c'est tout à fait moi, je lying on le floor très bien. Pour situer, il y a quelque temps de ça, je m'étais arrêté au rayon histoire du monde d'une librairie, et j'avais feuilleté un livre d'un survivant de la guerre du Rwanda. Quand je suis arrivée aux pages où il parlait du massacre de sa famille devant ses yeux, et qu'on lui avait coupé le bras à la machette, j'ai lâché le livre, et accroché ma main au rayon.

Parce que j'étais en train de tomber dans les pommes.

Oui, j'en suis à ce point là.

C'est la meilleure et la pire chose qui me soit arrivée. Je suis de toutes les batailles, de toutes les colères.

Je vomis les gens sans avis, mais quand j'en suis à pleurer toute la nuit les gamins massacrés de Norvège, je me demande s'ils ne sont pas plus heureux, les gens tièdes. Ceux qui arrivent à faire des murs corrects entre le monde et eux, qui ne gerbent pas à cause de l'injustice du monde.

Pourquoi je parle de ça?

Parce que mon corps, il supporte tant bien que mal tous les états d'âme qui passent, qui bousculent et qui me chavirent. Il illustre, il traduit, il fait ce qu'il peut. Ce qui fait que la majeure partie du temps, il tombe malade. Les bleus mettent une éternité à cicatriser, les disputes se transforment en angines, les nausées vont et viennent n'importe quand, et n'importe comment. J'imagine qu'il s'agit là du seul moyen trouvé pour me la faire fermer un peu. Parce que les révoltes, les colères et les peines inconsolables, c'est bien joli dans les mots de Baudelaire, mais c'est bien trop crevant dans la vie abrutissante de tous les jours.

Donc voila, je suis le contraire d'insensible, et je cicatrise mal.

Et pourtant, je suis inscrite dans le registre des donneurs de moelle osseuse. Y'a une chance sur trois que je tombe dans les pommes, une sur deux que je gerbe sur une blouse blanche, une sur une que je mette des siècles à m'en remettre, tête de cadavre à la clef pendant un mois.

Tout mon baratin, c'était pour répondre à la réponse "Han, moi j'ai pas le courage".

Moi non plus, je l'ai pas, mais je le prends quand même.

D'après le site du don de moelle, on serait 200 000 donneurs en France. Ouais, sur 65 millions d'habitants, c'est pas énorme. Mais c'est toujours mieux que rien. Mais c'est quand même pas joie, bonheur et moutons dans la prairie.

Comment ça se passe?

Un matin, tu te réveilles, et tu te dis "putain, si en plus d'être bonne, j'allais devenir utile?". Donc tu vas dans le bâtiment EFS le plus proche, et tu leur dis "salut les vieilles, je viens pour un don de moelle". Là, les dames en blanc, beaucoup moins manucurées que dans les pornos, te donnent un dossier à remplir, à leur rendre, et te souhaitent une bonne journée.

Temps de vie dépensé : 15 minutes.

Ensuite, ils t'envoient une lettre en disant qu'ils sont super contents que tu te sois inscrite, que ça fait trop plaisir la vie, que la vérité t'es invité à la Bar Miztvah du gamin, que ton nom il est trop sexy, et que ça serait bien que tu reviennes pour qu'on te fasse une toute petite prise de sang, promis juré ça fait pas mal,  va y fais pas ta pute. Bisous.

Donc tu reviens au centre, avec ta petite lettre, direction l'entretien avec le médecin. Qui te poses tout un tas de questions, et généralement tu hésites comme une connasse, "hihihi une transfusion, jsais plus, jcrois pas", "hihihi un séjour en Angleterre en 1985? Faut que je réfléchisse....ah non j'étais pas née hihihi".

Temps de vie dépensé : 15 minutes. Temps à passer pour une conne : 15 minutes.

Vient ensuite la partie nulle.

La prise de sang. 7ml tout entier.

L’infirmier(e) te dit que ça va bien se passer, que détendez vous mademoiselle, et par pitié arrêtez de manger l'accoudoir, c'est pénible et c'est dégueulasse. En face de toi, y'a les donneurs de sang, voir ceux de plaquettes, qui font grave les malins, avec leurs aiguilles dans chaque bras (pute). Toi, t'as la seringue dans le bras, le regard dans l'autre sens, et t'es en mode Lennie dans "Of mice and men", "gniiiii puppiiiiie", et le teint vert.

Temps de vie dépensé : 20 minutes.

Ensuite, ils analysent ton petit sang pour voir si tu es compatible avec un malade. S'ils trouvent quelqu'un, ils t'appellent et te disent "je suis ton admirateur secret" "Ramène ton cul Radasse".

ts

Bouge toi lfion bordel

Ensuite, tout ce que je peux vous dire est théorique. Puisque moi, d'après les analyses, je ne suis compatible avec personne.

Je répète:

Je me suis faite tèje par tous les malades du sang de la planète. (Les batards).

Mais je suis dans le fichier. Ça veut dire que si vous tombez malade, ou votre grand père, ou votre gosse, et que je suis compatible avec lui, y'a des chances pour que je puisse vous/leur sauver la vie.

Ça m'a pris même pas une heure pour m'enregistrer. Ça prendra plus de temps pour faire le don, mais c'est pas la mort non plus. Pas pour moi. Pas pour vous. Parce que le don de moelle osseuse, vous allez pas en crever.

Eux sans vous, si.

Alors bien sur, ça va être douloureux, ça va être chiant, et c'est même pas sur qu'ils aient canal sat à l’hôpital où vous irez (bande de pauvres). Mais on parle de peut être pouvoir sauver une vie.

Et sauver la vie des gens, c'est sympa. Ça vous fait des points de karma en plus, et peut être que vous vous ré-incarnerez pas en ficus.

Je pars du principe que j'aime mon corps à la folie, mais qu'il n'est pas immortel. Et avant que tout tombe en poussières, et que l'ensemble de mes cellules ne coulent et pourrissent, j'aimerais qu'il serve à quelque chose. Puisque mon temps est compté depuis ma naissance, et que mon cerveau ne trouve rien de mieux à foutre que de faire pourrir ses cellules paquets par paquet depuis que j'ai 20 ans. Et avant que je ne devienne une vieille qui bave sur la manche des aides soignantes. Je veux donner ce que je peux. J'ai ma carte de donneur d'organes, je réfléchis beaucoup au don du corps à la science, et je donnerais d'avantage mon sang si l'EFS était moins conne avec les homosexuels.

Parce qu'on crève tous à vivre loin les uns des autres. A voir l'autre comme une nuisance, et non comme un allié. On crève de cracher tous les jours sur la génération précédente trop en retard, sur la suivante trop dépravée. Cracher sur les personnes âgées trop lentes, sur les adolescents trop mous, les gosses trop bruyants. Les étrangers trop éloignés de nous, et nos voisins trop proches.

Et nous, au milieu de tout ça, beaucoup trop cons.

Même si je ne te connais pas, et que je ne te connaitrais jamais, que tu habites à une rue ou à des milliers de kilomètres, si tu tombes malade et que je suis compatible, je serais là. Je me bougerai jusqu'à l’hôpital, je ferai tout ce qu'on me demande, et j'aurai surement mal, un peu. Mais je serai là.

Moi, et les 199 999 autres.

Et si en plus, sur tous ceux qui passaient par ici, j'arrive à convaincre une seule autre personne à faire comme moi, j'aurai gagné mon pari. J'aurai eu raison de faire confiance, et peut être que toi, tu seras plus compatible que moi pour un malade, et que ça sera toi qui lui sauvera peut être la vie.

Réfléchissez y. Faites circuler cette note, si vous le pouvez.

Et parlez en autour de vous.

Restez pas à pourrir dans votre coin.

Soyez grand.

Rajoutez votre nom en dessous du mien sur le registre.