Le blabla avant le sujet qui fait " And then a hero comes along":

Bonne nouvelle du lundi :

Le vieux Dukan vient de se prendre deux plaintes au cul par le conseil de l'ordre des médecins : ici pour plus d'info.

Peut être que ça viendra jusqu'aux oreilles de ses adeptes qui se ruinent le compte en banque et les reins à suivre ses conseils hyper-protéinés.

Tellement bien fait pour ta gueule, vieux Dudu.

 

Sujet du jour :

 

De le être végétarien en France

T'as pas choisi la bonne voie, fillette.

 

En mars de l'an 2012, je viens de fêter mes 1 an de végétarisme.

Une phrase pourrait donc résumer ce birthday :

 

                                          Les gens       cassent     les couilles

                                            sujet           verbe          COD (les gens cassent quoi? les couilles)


Dans la tête de chacun, il existe Maurine, la petite vieille, en mode aigrie et pas baisée depuis 1942, il s'appelait Hans et on s'aimait. Cette vielle dame, elle a un très gros tampon encreur. Et elle s'en sert pour placarder sur les sujet peu importants qui arrivent dans notre oreille un très joyeux "ON S'EN BRANLE".

"Marie n'arrive pas à choisir entre des chaussures pointues ou des ballerines" "ON S'EN BRANLE"

"Jessica a mangé un cassoulet à midi" "ON S'EN BRANLE"

"Daniel est allergique aux abricots secs" "ON S'EN BRANLE"

"Nicolas trouve que les chauffages électriques, ça assèche vachement l'air quand même" "ON S'EN BRANLE".

Et donc Maurine, d'habitude, quand ça parle de ce que les gens ont bouffé, ça va direct dans la pile "ON S'EN BRANLE", sans même un regard. Anne a mangé des haricots à midi? Benoit a mangé une escalope de poulet? Fabrice a mangé des pates-carbo? ON S'EN SUR-BRANLE.

Sauf que le travail de Maurine, il s'arrête pile au moment où tu prononces les mots fatals :

"je suis végétarienne".


A partir de là, autant te dire que ton alimentation va devenir un sujet de conversation. Qu'à presque chaque présentation, on n'oubliera pas de te présenter comme "la meuf chelou qui mange pas de viande".

Comment ça se passe, de vivre dans la peau d'une personne avec un régime alimentaire différent?

En France, c'est chiant. Mais vraiment.


En premier, c'est toujours la même chose, c'est la foire aux questions :

Et pourquoi?

Et comment?

Et pourquoi faire?

Avec la question la plus importante, celle qui fait frémir l'humanité et qui est posée à chaque fois, le regard soucieux, le sourcil froncé :

ET LES ŒUFS, T'EN MANGES?

Je ne sais pas ce que les œufs ont de particulier, mais ça donne l'impression que tu te fais interroger sur ta virginité par des extrémistes catholiques. Genre attention à ta réponse meuf. Je crois que je pourrais tuer quelqu'un si je répondais que non. Rupture d'anévrisme direct.

Suivi de la deuxième, la non moins cruciale :

Et le poisson? T'en manges au moins du poisson?

Quand tu expliques que non, tu n'en manges pas non plus, c'est l'indignation. L'incompréhension. La négation. La colère. La négociation. La dépression. Alors que bon, le poisson ne pousse juste pas dans les arbres et restent donc un animal. Et comme t'es végétarien, ça semble logique que tu le bectes pas. Mais c'est souvent plus compliqué que ça, et on te dira souvent que "mais le poisson, c'est pas de la viande, c'est du poisson".

Oui, au quotidien, c'est lourd.


Après le questionnaire Gestapo style, ambiance "Dis nous où sont planqués les maquisard Francis, on sait tout", tu passes à la deuxième phase.

Ma préférée.

La phase "Moi, à ta place, je ferai pas ça".

C'est à dire qu'on parle de la phase où les gens vont t'expliquer comment tu dois vivre ta vie. Ça vient de gens de ton entourage, ou des gens qui viennent de faire ta connaissance. Le point commun :

Ils vont tous clairement te casser tellement les ovaires que ça va te rendre stérile pour au moins 48 heures, option IVG de confort, coucou Marine.

On te le dit pour ton bien hein. Nous, on veut que tu sois en bonne santé hein. Nous on dit ça, mais tu fais ce que tu veux hein.

On va te parler de protéines, on va te parler que l'homme est omnivore, on va te parler de je ne sais plus quoi encore. Mais c'est toujours, toujours, les mêmes arguments, peut importe les gens. Y'aura toujours un petit malin pour parler que les végétaux, ça souffre. Voir même le rigolo qui va te parler du cri de la carotte. Genre ahaha, qu'est ce qu'on se marre. Et quand tu réponds que c'est toujours mieux que le cri du veau qu'on égorge et qu'on pend par les pattes encore vivant, on te dit que t'es vraiment chiante et susceptible. Et qu'avec ton intégrisme à la con, t'es vraiment relou.

Durant toute cette année, j'ai pu me farcir toutes les réflexions plus connes les unes que les autres. De le "tu n'acceptes pas la mort, pourtant elle fait partie de la vie" et autres "c'est pas étonnant que tu sois malade, à force de rien manger". Tout ça en sachant que je ne suis pas militante. Que je n'en parle pas durant les repas, et que pour ma part, je me contrebalance de ce que l'autre à dans son assiette.Mais ça gène quand même.

Clairement, je crois que si j'avais dis que mon nouveau passe temps préféré, c'était de sodomiser des chèvres avec des gourdins, on m'aurait pas autant emmerdé que sur cette histoire de régime alimentaire.

Ce qui me généralement m'achève, c'est les gens qui, sans se renseigner, en savent forcement plus que toi. Que bien sur que si que les abattoirs sont contrôlés, bien sur que si les animaux sont endormis avant d'être butés, on est pas inhumain non plus, arrête d'en faire trop.

Ce qui me flingue, c'est généralement l'air hautain qu'on te renvoie à la gueule à partir du moment où les gens savent. Un mélange de compassion et de pitié. Oublié Dame Fanny et ses grands mots, tu deviens une petite connasse d' hippie naïve. Tu perds trente points en charisme, et quarante en intelligence. On te prend de haut, et on te parle comme à une gamine qui fait un caprice.

hippie

Ta gueule

Insupportable. Clairement.

Ce qui me rend folle, c'est cette histoire sur l’abatage halal qui puait ce vieux racisme bien français, celui qui transpirent par les pores de la moitié de la population, celui qui pensent que toutes les civilisations ne se valent pas, et que nous, on est bien mieux éduqués. Tout ça sans ouvrir une seule paupière sur la réalité qui se passe derrière les murs carrelés de tous les abattoirs de France.

Nous, on est mieux que ces barbares hein. Nous on est ci-vi-li-sés.

Ce qui se passe dans l'industrie alimentaire, on n'en parle surtout pas. Des vaches qu'on insémine alors qu'elles sont trop jeunes pour porter un petit, et qu'on sépare de sa progéniture dès la naissance. Des veaux qu'on laisse agoniser dans un coin en les aspergeant d'eau froide pour qu'ils clamsent plus vite de froid. Des poussins mâles qu'on sépare des femelles, qui serviront à la ponte, et qu'on broie vivants.

Des poussins. Des putain de trucs jaunes qui font "piou", avec du duvet tout doux.

Bordel.

Les femelles, on les enfermera dans des cages où elles ne pourront pas battre des ailes, et où elles se marcheront sur la gueule jusqu'à crever.

Mais non, c'est pas être barbare ça. Nous, c'est pas pareil. Nous, c'est l'industrie meuf, business is business. C'est plus rentable pour nous, le reste du monde peut bien aller se faire mettre. La pollution des eaux, les bassins artificiels entier créer pour contenir la merde des animaux, et qui niquent l'écosystème. Des pêches intensives qui vident actuellement les océans, tellement que dans cinquante ans, on sera furieusement dans la merde et que tes sushis, tu les bouffera avec des flocons d'avoine, parce qu'il y aura plus aucun connard de saumon qui s'amusera plus à remonter les rivières à contre sens pour aller faire des partouzes en amont.

On m'a raconté l'histoire de deux hommes qui sont allés bosser dans un abattoir pour se faire un peu d'argent. Deux jeunes hommes tout à fait banals, pas végétarien pour un centime. Ils ont tenu trois mois, et sont maintenant incapables de bouffer de la viande. Du tout. Ils ont vu l'envers du décors, et la viande leur donne physiquement des nausées. Ramasse ton monde sain quoi.

Demain, Arte organise une soirée sur le thème "Doit on encore manger des animaux?", dont vous pouvez retrouver le contenu à cette adresse : arte-c'est-mon-ami

Il y aura l'interview de Jonathan Safran Foer, l'auteur de "Faut il manger les animaux", un essai brillant sur l'industrie agro-alimentaire et ses conséquences absolument affreuses sur l'éco-système.

Je vous invite à regarder ces reportages, sur ce qui se passe un peu avant d'arriver dans vos assiettes. Et si vous n'avez pas le temps, ou si clairement Arte c'est vraiment trop chiant, matez juste les chiffres de l'industrie du miam.

Après un an de végétarisme, je ne demande à personne de devenir comme moi. Je demande juste aux gens de se renseigner sur ce qu'ils bouffent, surtout quand ça coute rien et que c'est mauvais pour la santé. Manger moins mais mieux, acheter chez des petits producteurs plutôt que dans les usines à bouffe. Ca sera toujours ça de pris.

J'ai fais le choix de ne plus manger de viande pour ma propre conscience. Et parce que je me suis documentée. Je pense que dans les années qui viennent, on sera peut être de plus en plus nombreux. Et je demande le droit que mon dossier retrouve le coup de tampon "ON S'EN BRANLE" quand je serai en train de bouffer un truc. Je demande à Maurine de revoir son choix, et de mettre mon régime alimentaire dans la pile "sujet pas intéressant".

Je demande le droit à l'indifférence.

J'ai passé un an à tenter d'arrondir tous les angles de mon choix, pour ne brusquer ni ne choquer personne.

Je crois que ce n'est pas vraiment mon caractères, d'arrondir les carrés pour les faire ressembler à des ronds.

365 jours plus tard, votre carotte et son cri, clairement, empalez vous dessus, et tournez comme des soleils, comme ça la femme du torero dormira sur ses deux oreilles.

Avec tout mon amour.

Bisous.

Dame Fanny.