Blabla avant le sujet :

Je sais bien que je suis peu présente en ce moment, mais si vous voulez bien m'envoyer des pensées positives le 15 et 16 mai, cela sera hautement apprécié.

Amour par delà les nuages.

 

Sujet du jour

 

"Il leur est conseillé d'éviter de se promener toutes seules" :  La culpabilisation ordinaire

Merci ladepeche.fr

 

 

La joie d'internet, c'est qu'il permet de se décentrer deux minutes de son petit nombril. En ce moment, je suis incroyablement chiante stressée. Un petit tour par les site d'information, et j'ai changé d'humeur.

Maintenant, je suis furieuse.

La dépêche et sa culpabilisation gerbante

Voici un article racoleur où on nous raconte bien en détail le viol d'une jeune femme après le retour d'une soirée. Et qui se termine par une conclusion aussi conne qu'elle est culpabilisante :

"Régulièrement, à Toulouse, des jeunes filles sont victimes d'agressions sexuelles la nuit. Il leur est conseillé d'éviter de se promener toutes seules."

Tu l'entends autant que moi, ami lecteur?

Si si, tends bien l'oreille, il me hurle à l'oreille, à moi.

Ce cri moralisateur :

C'est

en

partie

de

ta

faute

meuf!


T'es rentrée chez toi toute seule, t'es rentrée chez toi la nuit, t'es rentrée chez toi après une soirée où tu as certainement bu, t'es rentrée chez toi après une sortie en boite où tu t'es surement faite jolie avant.

Tu t'es mise en danger, tu es donc en partie responsable de ce qui t’arrive. Bonjour le sexisme, bonjour la culture du viol, bonjour la société qui n'en peut plus de nous cracher dessus. En deux phrases, la journaliste nous prouve qu'elle a bien assimilé et appliqué avec respect les codes qu'on lui a inculqué. Et que l'on ne me dise pas que les mots n'ont pas d'importance, je viens de me taper deux ans d'études où l'on m'a enseigné encore et encore que tout est langage (kikoo-love Françoise Dolto) et que chaque mot est porteur de sens.

On ne parle du viol qu'aux femmes, et on leur donne des conseils sur comment l'éviter. On ne parle pas aux hommes, éternel absent des discutions sur le sujet (ô la douche ironie).

On me donne des conseils sur mon comportement en dehors du foyer.

Pourtant, sur le site de l'observatoire de la parité, on me dit que "9,3% des victimes seulement portent plainte parce que, dans 80% des cas, l’auteur des viols est connu de la victime, ce qui pourrait porter, selon certaines associations, le nombre réel de viols à 100 000 (par an)".

Je fais comment alors?

80 putain de pourcent des viol sont fait par des crevards qui connaissaient la victime. Qui savait qui elle était, qui connaissait peut être son prénom, qui savait qu'elle était un putain d'être humain.

Et qui n'en a, strictement, rien eu à foutre.

Ça me fout à l'envers. Et ça me met encore plus mal quand je sais qu'on essaiera encore et encore de nous faire porter une partie de la responsabilité. Depuis le jardin d'Eden, la faute sur notre sexe. Sur notre sexualité et notre séduction.

La journaliste de la dépêche nous incite à ne pas sortir seule, le reste de la société nous conseille de faire attention à ne pas porter de vêtements trop courts/trop serrés/trop décolleté. Pour ne pas se faire embêter dans la rue. Pour ne pas se faire harceler. Agresser. Violer. Rase les murs chérie et fais toi toute petite. N'attire pas le regard, plus petite parmi les plus petites.

C'est marrant, moi le seul conseil que je donnerais, ça serait celui ci :

"Range ta bite, garçon".


Commençons par le début. Foutez nous la paix. Avec les beaux jours qui reviennent, je me sens devenir de nouveau excessivement agressive. Mais comment dire? Les regards sur ma poitrine ne sont vraiment pas quelque chose qui me manquent durant l'hiver. Certains diront que "ohlala c'est la nature de l'homme/ c'est le jeu de la séduction" et autres conneries du genre.

Imaginez qu'une femme sur trois que vous croisez vous fixe l'entrejambe avec insistance.

Pas votre tête, pas votre regard. Votre entrejambe. Uniquement vos parties génitales. Vous fait sentir comme un pur objet sexuel, sans conscience, sans autre valeur que le combo testicules-pénis. Pas la couleur de vos yeux, ou votre parcours de vie. Ni votre prénom. Bite-couilles, et point.

Valorisant, hein?

Du haut de mes 25 ans, j'en ai par dessus la tête de subir votre sexualité dont je n'ai que faire. Et comme je suis pourvue d'une grosse poitrine, votre désir sexuel, je commence à bien le connaitre. Col rond ou décolleté, dès les beaux jours, c'est au moins un homme qui me matera uniquement les seins dès que j'irai chercher une baguette de pain.

Au moins.

Le message : "si je pouvais, je te baiserais bien". Alors que toi, t'es en train de réfléchir à si tu as assez de monnaie pour acheter ton pain + une chocolatine. A ton loyer en retard. A ta prochaine séance sur la conjugaison du passé composé.

Tu lèves les yeux, un crétin en plein dans tes eins. Youpi, party rock in the house tonight.

Ah oui, pardon. Dans la rue, je suis Nichon-Vagin.

Pardon.

Tu penses à comment articuler le socle commun avec les programmes officielles (prof reprezent for my people), et paf, retour à ta place.

Nichon-Vagin.

Ca me fait penser à cette vie de merde :

Aujourd'hui, j'ai vu une jolie fille dans le train. Pour attirer son attention, j'ai essayé de lui faire du pied. Elle a levé les yeux vers moi et m'a dit : "Recommence et je te casse les deux jambes." Message reçu. VDM


Elle m'a donné envie de hurler, car elle a fait écho à toutes mes expériences passées. Et à toutes celles qui ne manqueront pas d'arriver non plus. Quand j'y ai réagi, on m'a sermonné sur twitter en me disant que "les hommes ont bien le droit de tenter leur chance quoi".

C'est affreux, si je réponds que non? Je vous méprise quand vous venez m'emmerder dans la rue, je vous trouve petit et lamentable quand vous essayer d'attirer mon attention et que vous refusez d'écouter ce que disent tous les signaux que je vous envoie.

Parce que, pour votre culture les petits choux, la communication marche quand même beaucoup avec le non-verbal. Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est ce cher Albert Mehrabian, professeur de psychologie à l'université de Californie, et qui a établi la règle des "7%-38%-55%".

Cette règle, elle est simple : 7% de la communication est verbale et passe par les mots et leur sens, 38% de la communication est vocale et passe par l'intonation et le son de la voix, et 55% de la communication passe par les expressions du visage et le langage corporel.

Et, à moins que je me trompe, cela m'étonnerait que la majorité des femmes affichent un langage corporel qui disent "Prends moi toute comme la vilaine suceuse que je suis". Cela veut donc dire qu'en temps normal, on passe outre ce que nous communiquons, et que notre propre envie est moins importance que celle de celui qui pose le regard sur nous.

Personnellement, comme je suis une très vilaine personne, je finis souvent par gueuler en pleine rue. Cela dépend de l'humeur, cela reste souvent un très sonore "putain!" en fixant la personne, jusqu'à mon préféré "oui je suis habillée comme une trainée monsieur". Quand je sens que je vais avoir un gros boulet devant moi, je passe en communication uniquement en langue des signes.

Rappeler vous que l'on ne vous doit rien. Vous voulez tenter votre chance, ne venez pas pleurer qu'on est désagréable. Je ne vous dois rien. Tu ne leur dois rien. Elle ne vous doit rien. Elles ne vous devront jamais rien.

Et par pitié qu'on arrête de nous bassiner avec l'idée que vous ne contrôlez pas vos pulsions. Je n'ose pas croire que 50% de la population se retrouve coincé à l'état de teckel qui se tape les mollets des gens qui passent.

teckel1

Sans déconner

Range ta bite, garçon.

Range la quand tu penses à ton désir avant de penser à l'être humain que tu as en face de toi. Range la quand tu pense qu'une femme a pu avoir une once de responsabilité dans l'aggression qu'elle a subi.

Et je dirais même mieux : Range ta bite, fille.

Range la quand tu penses qu'on mérite ce qui nous arrive. Range la quand tu penses "celle la, elle le cherche" quand une fille courte vêtue passe devant toi. Range la quand tu penses que tu ne dois pas être dans la rue toute seule, ni trop tard, ni après avoir bu.

Range ton pénis, Claire L.

Ne nous donne pas des conseils pour qu'on ne soit pas violées.

Donne des conseils pour qu'on ne viole pas.

Sois avec nous, et pas contre nous. Et efface cette dernière phrase, qui pourrait faire beaucoup de mal à nombres d'entre nous qui ne mérite que ton soutien.

Range ton pénis, fille. Vite.