Le blabla avant le sujet qui fait "When jesus say yes" :

Instaurons une nouvelle règle :

Café Langue de Pute, ça sera le mercredi désormais.

Et si on me vire deux minutes de tous les réseaux sociaux, je peux même oser affirmer que ça pourrait être CHAQUE mercredi.

 

 

"Tu seras une salope, ma fille"

 

Je m'appelle Charles.

Je suis le troisième enfant de la famille, après mes deux soeurs. Les médecins étaient contre, cette dernière grossesse était beaucoup trop dangereuse. Mais mes parents voulaient absolument un héritier mâle, alors ils ne les ont pas écouté. Ils ont testé toutes les techniques possible, les régimes miracles et autres science inexactes pour que je sois un garçon. Ils n'ont pas voulu savoir le sexe pour se garder la surprise. J'ai failli naître à cinq mois et demi, et finalement grâce aux médecins l'accouchement a eu lieu à huit mois. J'ai passé des journées sous des lampes, et j'étais tellement petit qu'on n'était pas certains que je survive.

J'ai survécu.

J'ai passé une enfance heureuse, j'ai fait beaucoup de sport collectif. Je jouais souvent dehors, je faisais des cabanes et j'avais toujours des trous aux genoux de mes pantalons. Ma scolarité s'est bien passé, j'ai eu mon bac sans problèmes.

Je suis une adulte sans histoires, j'ai des tatouages et une belle gueule. Je suis un peu séducteur. J'ai des histoires sans lendemains, ou des filles que je vois uniquement dans des lits. Je parle bien anglais, et j'arrive souvent à plaire aux américaines de passages, ou aux petites anglaises. J'aime bien les filles sportives, et je crois que j'ai vraiment un faible pour les étrangères. Mon entourage me chambre sur mes talents de charmeur, et on trinque quand je montre la photo d'une fille vraiment belle que j'ai ramené chez moi. Je drague sur des sites de rencontre ou alors les amies que les autres me présentent.J'emmène les filles voir le sport que je pratique. C'est brutal alors elles sont impressionnées et je repars souvent avec mon bras autour de leurs épaules.

2014-08-21_32

Je suis encore dans la vingtaine, je sors d'une longue histoire et je n'ai pas envie d'une relation serieuse pour le moment. Tout le monde me comprend, et mon père me raconte ses histoires de quand il était jeune où il draguait les allemandes. Ma mère me demande de leur ramener une copine sérieuse un jour pour leur donner des petits enfants mais elle n'y croit pas trop. Je suis un garçon, elle sait bien que je suis encore jeune et que je veux encore m'amuser. Je lui colle un baiser sur la joue quand je parle de ma dernière conquète et qu'elle soupire alors que mon père sourit. On rit beaucoup pendant les repas de famille, et mon père me dit de bien profiter de la vie, vu que lui s'est marié à dix neuf ans.

 

Au fond.

C'est presque la vérité, tout ça.

Mais.

 

Je m'appelle Fanny.

Je suis le troisième enfant de la famille, après mes deux soeurs. Mes parents voulaient un héritier mâle. La grossesse dangereuse, l'acouchement prématuré évité. La surprise du sexe du bébé.

Et merde.

Encore une fille.

J'ai grandi en faisant des sports collectifs avec des garçons, en construisant des cabanes et avec des trous aux genoux. J'ai eu une scolarité sans problème puisque mes parents n'avaient pas d'attente particulière pour moi. Vu que, dès le début, j'étais un peu foiré(e).

Je suis une adulte sans histoires, j'ai des tatouages et une belle gueule. Je suis un peu séductrice.

Je suis une trainée.

2014-08-21_24

Non, d'ailleurs. Ce n'est pas bien dit.

Je suis une pute.

Je suis une salope.

Je suis easy like a sunday morning.

I'm a fucking slut.

Je suis une fille facile.

Je suis une putain, je suis une catin, je suis celle qu'on ne laissera pas seule avec les petits amis des autres. C'est drôle comme phrase, ça. "Oh non, on va pas te laisser toute seule avec les mecs".

Des fois que j'aurai envie de les baiser sans leur consentement.

Je suis la pute d'Eve, qui tente et se laisse tenter. J'ai détruit le jardin d'Eden parce que j'ai choisi le peché. Les hommes ne sont que des agneaux et je suis le poison qui les fait succomber.

Je suis libre et je suis une pécheresse.

J'ai cru que je pouvais parler de ma vie sexuelle comme je voulais. Après plus de sept ans dans une relation serieuse, je croyais que notre époque acceptait la sexualité comme on le voulait chez les femmes comme chez les hommes. J'avais l'habitude de parler de cul avec mon entourage. On discutait que c'était drôle de garder les chaussures à talons au lit ou que j'aimais follement attacher les poignets.

La liberté sexuelle, tout ça.

J'avais oublié un détail.

Je couchais avec une seule personne. Il était mes limites, mes frontières, et je n'en sortais pas. J'étais respectable parce que mes désirs n'allaient jamais plus loin que ma chambre. Contre le mur du salon, à la limite. Jamais sans autorité masculine en dehors de mon appartement.

J'étais respectée parce que je couchais avec un seul pénis. Et ça, même la sainte vierge avait le droit. Même Marie pouvait se faire choper en toupie thaïlandaise sans que personne ne bronche. La sainte verge, unique et respectée.

Et puis un jour, je me suis mise à avoir une vie sexuelle qui n'était plus limitée par un couple. Ca ne m'était pas arrivé depuis mes dix sept ans. Et j'ai trouvé ça important d'en parler. De ne pas laisser la parole uniquement aux garçons. De parler du désir féminin, des histoires sans lendemains ou avec plus de régularité. De raconter, autour d'une pinte ou sur un réseau social en quoi l'égalité, c'était aussi avoir des relations au même titre que les hommes.

Que je pouvais baiser comme si j'étais un garçon, et que ça n'allait pas poser de problèmes.

Je suis tombée de haut.

On ne traite pas les femmes comme on traite les hommes. Encore une fois. Même jusque dans ton lit, même dans ton entourage le plus proche qui est censé t'aimer et te rendre heureuse.

Le sexisme, c'est partout. C'est toi, c'est moi, c'est toutes les réflexions qu'on dit parce que "c'est drôle". Parce qu'on ne réfléchit pas à ce qui est tricoté en nous et qu'on oublie souvent de prendre du recul. Je suis pareil, je me souviens encore avec honte quand on était jeunes et qu'on se balançait des horreurs avec mon meilleur ami, et que je lui disais qu'il allait finir avec le sida. Ahaha, c'est pour rire, ahaha c'est pas vrai, ahaha on dit ça parce que t'es gay mais on le pense pas.

Ahaha.

L'humour, l'oppression, tout ça.

Petit extrait de ce dernier mois :

"Toi, tu vas mourir de la syphilis de toute façon"

"Tu devrais te préserver"

"Les mecs, elles est dispo, vous devriez tenter votre chance ce soir"

"Je croyais que tu était la PIRE que je connaissais"

"Toi, tu étais en couple? Genre TOI? J'y crois pas"

"Je ne vais pas te laisser approcher mon petit frère du coup"

Et ça, c'est de la part de gens que j'aime. Je ne parle pas de Jean Relou dans la rue qui te traite de pute parce que tu ne veux pas lui sucer la bite (Oh sweet ironie). Je parle de mon entourage qui ferait tout pour moi, et qui m'aime inconditionnellement.

Du coup, j'ai arrêté d'en parler. Moi qui trouvait que c'était très féministe d'utiliser tout l'espace pour dire qu'une sexualité féminine était possible. Moi qui était persuadée qu'on avait les mêmes droits, et qu'on avait la même égalité.

Après mille coups sur le nez, j'ai commencé à tout garder pour moi. Je ne présentais plus les personnes que je rencontrais. Je ne les emmenais pas voir le sport que j'aime. Je les dissimulais comme s'ils avaient la peste, et que j'étais la plus pestiférée de nous tous.

Après mille coups de plus, j'ai même engagé une période d'abstinence. Pour voir. Pour réfléchir. Pour gagner quoi à la fin? Je n'ai pas encore trouvé de réponses. Pour me sentir moins jugée. J'ai même commencé à renier mon passé. J'ai commencé à dire que c'était une folie, que c'était passager, que je n'étais pas comme ça. J'imagine que je voulais me racheter une putain de virginité.

Comme si c'était mal. Comme si j'avais perdu de la valeur à chaque bouche qui se posait sur la mienne. Comme si la luxure était réellement un péché, et qu'on devait encore vivre sous les commandements d'un Dieu qui décide de quel pénis tu as le droit de toucher pour toute l'éternité. Au nom du père, du fils, du Saint Esprit, ma fille. Amen.

Évanouie, la fille qui laissait des marques sur les poignets. Évaporée, celle qui se réveillait contre le joli visage d'un garçon, et qui en trouvait un autre en se retournant. Fusillée pour l'exemple. Morte pour la nation. Rentrée dans les rangs, au revoir et à jamais.A trop se poser de questions, ne plus rien oser faire sous un drap. Ne plus rien tenter. Avoir des rapports insipides mais respectables.

Crever.

Et puis, un jour, la colère salutaire.

Parce que je n'ai pas passé des jours sous des lamps en essayant de survivre pour qu'on puisse ensuite gerer la vie que j'ai arraché.

Parce que je m'appelle Fanny et parce que je m'appelle Charles.

Parce que je devais être un garçon, et que je me comporterai toujours comme tel. Que je prendrais la place qui me revient, dans la vie et dans l'espace public.

Dans mon lit et dans celui des autres.

Et je pense que ça fait peur, au final. Si en tant que femme, on se met à gérer notre sexualité comme on veut. Comme on peut. Si on dit haut et fort qu'on a des désirs, et qu'on est assez fortes pour les assumer.

Si je dis que j'ai envie de sexe, mais pas avec toi.

L'angoisse, elle est là. Si je décide d'être libre, mais uniquement avec ceux que je choisis. Et que les Charles rentreront bredouilles alors que les Fanny auront leurs bras autour des épaules de leurs conquêtes.

La sexualité féminine doit pouvoir avoir sa place dans la parole. Je veux pouvoir en parler sans qu'on me rabâche que je devrais la fermer. Je voudrais qu'on arrête de parler de vertue, de tenue, ou de respectabilité. Se préserver, mais de quoi?

Se préserver, dans le dictionnaire, ça veut dire : Empêcher l'altération, la perte de quelque chose.

Est ce que je perds quelque chose quand je couche avec quelqu'un? Est ce que je deviens quelqu'un de moins bien? De moins gentil, de moins attentionné? Une moins bonne amie, une moins bonne soeur, une moins bonne fille?

Pendant que mon alter ego n'est lui, justement, absolument pas altéré?

Jusqu'à quand, le péché?

Jusqu'à quand, les mains sur la bouche pour s'interdire de parler?

Jusqu'à quand, vos réflexions sur ma vie, et les miennes sur la votre? Jusqu'où va t'il falloir qu'on rabaisse ceux qu'on aime parce qu'on est trop cons pour s'interroger?

Je ne me tairai plus, et je ne laisserai plus la place au slut shamming. Parce qu'on a encore des avancés à faire.

A mon entourage, proche et éloigné. Aux débats à venir, et ceux qui ne font que commencer.

Je ne laisserai plus rien passer. Et faites pareil avec moi, si je dis des horreurs pour rire, ou que je vous manque de respect.

Les mentalités évolueront quand on commencera à nettoyer à l'acide les nôtres qui sont déjà bien polluées.

 

(Edit : Ces sublimes photos ont été prises par une sublime personne et viennent d'ici : La Fille Renne)