Le blabla avant le sujet qui fait "Do you miss me, Miss Misery":

Je me suis rendu compte qu'à force de repousser à plus tard le fait de répondre aux commentaires/mails, je ne le faisais jamais. Ne vous étonnez donc pas de recevoir prochainement des réponses mille ans après.

Ps : Je vous aime grave, vous et vos petits mots d'amour putain.

 

 

Sujet du jour :

Avoir bientôt trente ans : Etre seule

 

Il était une fois. Votre magnifique et fantastique dévouée pour qui le calme n'est vraisemblablement pas réservé. Et qui, au détour d'une conversation téléphonique avec les hautes autorités paternelles, constituée de monosyllabes de sa part "oui, hum, oui, non, oui, ouais c'est bientôt les vacances c'est cool, oui, oui, humhum" (Ça, ça veut dire "Hey, j'ai envie de raccrocher, laisse moi partir please") s'est vu assener la sublime phrase suivante :

 

"Tu dois te trouver quelqu'un maintenant, tu n'as pas de sens à ta vie."

 

Hum.

Greys-Anatomy

(Cet article sera entièrement constitué de gif de grey's anatomy

Parce que fuck yeah Rock'n Roll bitches)

Ce sont les dépassements d'honoraires de ma psy qui ont été content, sur ce coup là.

Donc je pense qu'il est temps de faire un petit bilan sur ce qu'il est possible de dire, ou non, à autrui.

Concernant la vie sentimentale des gens que vous aimez (les autres, on est bien d'accord, on s'en branle)(sauf les gens qu'on n'aime pas, eux on peut parler de leurs vies jusqu'à ce qu'on crève de vieillesse), il est possible de dire deux choses quand on a vraiment envie/besoin de se mêler de la vie de son entourage :

1 : J'aime bien ton mec, j'aime bien ta meuf, je le trouve bien, honnêtement on l'aime bien et c'est un avis du groupe en général, elle est sympa, elle a l'air amoureuse de toi c'est chouette, je trouve que vous allez bien ensemble, je suis content pour toi, ça me fait plaisir de te voir comme ça, viens on va boire.

2 : Écoute, je sais pas comment te dire ça mais est-ce que t'es vraiment heureux avec elle ? Est ce que tu es bien avec lui? Je suis désolée mais je le sens pas, et ça me coûte de te dire ça parce que je ne veux pas qu'on se dispute mais je te sens pas heureux, je sais pas, je trouve qu'il te traite pas bien, je trouve qu'il fait pas d'efforts pour être dans ton monde à toi, je trouve que tu t'occupes trop d'elle et pas de toi, je sais pas comment te dire ça, et peut être que je me trompe mais est-ce que tu es vraiment heureuse en ce moment? Ou est ce que tu restes avec lui par habitude ou par peur, mais je trouve que tu vaux tellement mieux et que tu mérites quelqu'un de plus, de moins, je sais pas. Viens, on va boire.

Soyons bien d'accord que la deuxième alternative est une sacré merde et que vous n'allez pas du tout aimer faire ça. Et que vous risquez de perdre votre ami si celui/celle ci trouve que vous dépassez les limites. Ce qui est vrai. Mais merde, putain, fait chier, ça fait des années que je te vois avec ce mec et je trouve qu'il ne te rend pas heureuse et que tu mériterais d'être avec quelqu'un qui t'apporte tout ce que tu voudrais et que J'AIME PLUS QUE LUI BORDEL JE L'AIME PAS LUI.

Ou vous pouvez choisir de chouiner sur votre blog en esperant que ça marche. Taux de réussite : 2%.

giffffr-(3)

 

On aime tous se mêler de la vie des autres. C'est humain, ça nous fait de la conversation quand on est au pub, on n'est généralement jamais d'accord avec les choix qui ne sont pas les notres, et c'est cool. J'aime personnellement réussir à mettre des gens ensemble, comme si on était en 5°B. Le dernier couple où j'ai un peu aidé à forcer le destin n'est qu'amour et projets en ce moment, tu peux pas imaginer comme je suis contente. Inconvénient : Si le couple se sépare, il y a des grandes chances pour que ça te retombe sur la gueule. Grave. Testé et approuvé.

Reprenons.

La vie sentimentale d'autrui, c'est fun. Ça fait de quoi discuter, y'a toujours un truc qui va, ou justement un truc qui ne va pas. On peut parler de cul, d'amour, de sentiments naissants ou disparaissants, de projets, de mariage, d'enfants, de non désir d'enfants, d'emmenagement commun, de maison, de chien, de belle mère adorable ou chiante à mourir, de pénis, de chatte inoubliable, d'épilation, de se faire ou non étrangler pendant, oui, mais non, mais si, mais si, de jouets, de mots doux, d'amour, d'amour, d'amour.

J'ai été en couple pendant presque dix ans. Dans deux relations, dont l'une très grande où il y a eu beaucoup d'amour, beaucoup de passion, de dimanche pluvieux à manger des muffins sous la couette en regardant des films d'horreurs, des repas avec des bougies partout, des mots d'amour sur les murs, des lettres, du sexe, des promenades mains dans la mains, des présentations aux parents, aux grands parents, aux copains, des projets communs, des déclarations, tout ce qui se fait normalement quand on est deux et qu'on est amoureux.

giphy

Ouais, j'ai eu ça, mot pour mot. En VO dans le texte.

TMTC bitch, love is all.

 

Mon histoire s'est terminée pour plein de raisons qui me font dire que tu sais, on s'est vraiment beaucoup aimé et je te souhaite maintenant une gastro éternelle pour tous les jours de ta vie, et plein d'autres choses peu admirables comme des pertes de cheveux ou des varices à plein d'endroits du corps. Genre plein plein plein. Merci petit Jésus.

Mais j'ai vécu toute cette histoire, même si elle n'existe plus. Et c'était chouette, et c'était affreux, et c'était plein de sentiments différents et c'était ma vie à moi, et c'était ça le plus important.

Donc du coup, quand maintenant je commence à entendre des choses aussi connes que "On s'inquiète pour toi" parce que je suis célibataire, ça me laisse quelque peu perplexe. Surtout quand je l'entends dans d'autres histoires que la mienne, chez d'autres personnes qui ne sont pas en couple et qui sont proches de la trentaine.

S'inquiéter : Tenir compte de quelque chose, s'en préoccuper, s'en soucier, me dit le Petit Larousse.

Genre.

Sérieusement.

Se faire du soucis, éprouver de l'inquiétude, se faire du mauvais sang, flipper sa mère, avoir peur sa race.

Se faire du soucis pour quelque chose qui ne rend pas malheureux la personne concernée. Qui n'en éprouve pas de peine, pas de chagrin, pas d'inquiétude. Qui dit que tout va bien dans sa vie, que tout marche, qu'elle a un travail qu'elle aime et où elle a un peu l'impression de sauver le monde parfois, ou se sauver elle surtout, qu'elle a un appartement où elle se sent à la maison, des projets de voyages, des chats à la con, des amis fidèles, des passions, des choses à créer, des hobbies où se faire mal, des week end de fêtes, des conversations derrières des tasses de thé fumants puis tièdes, des gueules de bois, un roman à écrire, un manuel à faire publier, des idées à tester, des histoires incroyables à raconter, des gens à rencontrer, des étincelles, des peut être, des parfois, des jamais.

Et on se retrouve quand même à se faire du soucis pour quelqu'un qui n'a absolument rien demander. Parce qu'elle ne rentre pas dans la case qui existe pour toute personne qui va avoir trente ans, et qui ferait mieux de se bouger le cul à réfléchir plus grand sur comment faire des enfants, comment accéder au droit à la propriété et comment trouver l'homme parfait et le garder. Ah oui, parce qu'on parle bien de relation heteronormée, évidemment. Des efforts à faire pour trouver un conjoint, pour le garder, pour rester avec lui contre vents et marées. Même si on n'est plus heureux ensemble, même si on serait mieux tout seul. Rester, rester, rester.

Quand vous parlez de votre inquiétude complètement déplacée, complètement déphasée, vous rendez vous compte que vous devenez une part du problème bien plus grande que celui d'être en couple ou non. En rabâchant l'idée qu'il faut à tout prix être à deux, on rabâche aussi l'idée qu'il faut coûte que coûte être en couple, quitte à ne pas être heureux. Que c'est trop triste d'être tout seul, et qu'il vaut mieux serrer les dents et continuer dans des chemins où on est à deux, mais pas forcément mieux.

Vous êtes l'une des raisons pour lesquelles votre copine là, qui est en couple avec ce mec qui ne la rend pas heureuse, choisit de ne pas partir et de rester à s'enfermer dans une relation qui l'asphyxie. Parce qu'on ne dit jamais assez que c'est possible d'être heureux par soi même, qu'il ne faut pas avoir peur et que ça va aller.

Ça va aller.

Même si les autres t'emmerdent, même si les autres se mêlent de ta vie sous le prétexte de vouloir t'aider.

Ça va aller.

Le couple, c'est bien. Je suis vraiment mal placée pour dire que l'amour ne compte pas, qu'il faut faire attention à ce qu'on donne à l'autre, qu'il faut être dans la demi mesure et économiser ses sentiments, et qu'il faut doucement aimer. J'aime beaucoup, j'aime complètement. J'aime à ma façon, et mon dieu je pense que parfois, c'est fatiguant.

On est d'accord, l'amour compte beaucoup, et trouver des gens qui font sourire même quand ils sont absents, c'est quelque chose auquel il faut faire attention. Trouver quelqu'un qui te fout des papillons dans le ventre, on a rarement connu mieux. Je ne dis pas le contraire, loin de là.

Mais tu n'es pas l'amour qu'il y a, ou non, dans ta vie. Tu es plus que tout ça. L'amour a besoin de toi pour créer des histoires jolies à dire et à raconter. L'amour a besoin de toi dans ce monde pour exister.

L'amour, ce n'est pas le sens unique de ta vie. Le sens qu'elle doit avoir, il n'y a que toi pour lui donner. Pas un autre, pas une relation, pas parce quelqu'un à ta main dans la sienne ou reste à tes côtés. L'autre, c'est une valeur ajoutée, c'est merveilleux, mais ce n'est pas toi tout entier.

Ta vie, c'est tout ce que tu es. Pas tout ce qu'on te fait croire qu'il faut que tu réalises avant un âge donné. Aie des enfants, n'en aie pas. Marie toi, ne te marie pas. Emménage avec elle, ayez des appartement séparés. Soyez exclusif, soyez polyamoureux, soyez en relation libre.

Sois dans une relation qui te plaît.

Ou sois tout seul. Trouve toi, toi. J'ai l'impression depuis bientôt un an et demi depuis ma séparation, que je me trouve tous les jours un peu plus. Que, derrière chaque situation, j'apprends un peu mieux à me connaître. Je trouve ça absolument incroyable, je n'aurais jamais pensé pouvoir avoir toutes ces capacités là. Cette volonté d'aller voir ailleurs si j'y étais, de me balader moi et moi même partout, d'être chez moi dans chaque endroit qui me plaît, de m'assoir toute seule au comptoir avec un livre et un verre, et avoir même l'audace d'envoyer autrui balader.

Je ne veux plus qu'on s'inquiète pour moi.

Je ne veux pas qu'on s'inquiète parce qu'on fait des transferts sur moi que je n'ai absolument pas demandé.

Il y a assez de choses dans le monde pour s'inquiéter.

Moi, je m'inquiète du réchauffement climatique, de la montée des eaux, des progrès en français de mes élèves, de ne pas savoir assez de choses, de ne pas avoir le temps de tout apprendre sur comment marche le cerveau et la neurophysiologie du langage, de ne jamais savoir assez de langues, de perdre celles déjà apprises, d'avoir la maladie d'alzeimer un jour comme mon arrière grand mère, que les gens que j'aime meurent, que les gens que j'aime souffrent de maladie que je voudrais tellement pouvoir annuler, de l'hérédité qui me fait vraiment flipper, d'écrire un livre que personne ne voudra lire, qu'on veuille me lire justement et que j'ai trop peur de décevoir à nouveau et de ne plus jamais écrire, de ne plus jamais revoir quelqu'un à qui je tiens vraiment mais c'est vraiment compliqué. Je m'inquiète même sur des sujets sur lesquels je ne peux rien, je m'inquiète de savoir si oui ou non Saint Exupery ne se serait pas suicidé et qu'il devait être si triste et se sentir si seul la veille de sa mort quand il a écrit "Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m'épouvante. Et je hais leurs vertus de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier", je m'inquiète qu'il soit mort malheureux. Je m'inquiète de grossir, je m'inquiète de vieillir, je m'inquiète d'un jour perdre mon travail et ne plus avoir d'argent, je m'inquiète de ne pas avoir le temps de voyager, d'écrire, de créer, je m'inquiète de passer à côté de ma vie parce que je ne prends pas le temps de la regarder attentivement.

Ne vous inquiétez pas de savoir si j'ai ou non quelqu'un à mon bras. Que cela soit le cas ou non, il y a quelque chose de plus grand à demander aux gens que leur statut marital.Et si le leur ne vous convient pas, je ne pense pas que vous soyez en droit de leur demander quoi que ce soit.

Vos "Mais enfin, tu es si jolie, je ne comprends pas", vos "Tu devrais sortir plus, ce n'est pas normal à ton âge" et toutes les injonctions que vous faites par gentillesse/politesse/inquiétude/lâcheté et qui ne devraient même pas exister. Vous ne savez rien des batailles que les gens perdent ou gagnent, vous ne savaient rien du tout de qu'ils traversent et des exploits incroyables qu'ils sont en train de réaliser. De tous leurs efforts pour maintenir leurs vies comme ils veulent, comme ils en ont envie. Ou justement, toute la volonté incroyable que cela leur demande pour réussir, le matin, à se lever.

On ne sait rien des autres, juste ce qu'ils acceptent de vouloir nous montrer.

Arrêtez d'être aussi con à force de rabacher la même chose depuis des siècles et des siècles.

On a la chance aujourd'hui, d'avoir le droit de prendre le temps pour apprendre à s'apprivoiser. Pour choisir de réaliser, ou non, les rêves qu'on a, nos projets, nos idées. Arrêtez de voir tout au travers du prisme de la vie que vous voulez. Ouvrez un peu mieux vos yeux, déplacez de quelques centimètres vos oeillères et apprenez un peu plus à faire confiance à l'autre sur les choix qu'il fait. Sur l'amoureuse qu'elle a choisi, sur celui avec qui elle a décidé d'être, sur leur couple qu'ils choisissent de continuer à construire et fortifier, sur le choix de partir justement ou bien de rester, sur les chemins qu'on arpente tout seul et dont on est si fier quand on se retourne, et qu'on voit l'étendue immense qu'on a traversé.

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Je ne manque pas de sens à ma vie, cher père. Je n'en ai jamais manqué. Ni à deux, ni toute seule. J'ai beaucoup de choses à faire, beaucoup d'endroits où me perdre et encore plus où me trouver. Je ne suis pas seule, nous sommes des millions, nous sommes des milliers.

Foutez la paix aux célibataires de votre entourage. Vous n'êtes pas leurs pères, vous n'êtes pas leurs mères, vous ne savez pas mieux qu'eux sur comment gérer leurs vie parce que vous avez un crédit sur trente ans ou des enfants à élever. Laissez les faire, laissez les expérimenter. "Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé" comme c'est écrit dans le Petit Prince, mais les autres ne sont pas ton putain de renard, ni cette conne de rose qui fait crever le Petit Prince de ne pas être auto suffisante et d'avoir besoin d'être arrosée. Nous n'avons pas besoin que vous vous sentiez responsable de notre destin, on est déjà suffisamment occupé à nous même s'en charger.

Les gens n'ont pas besoin de conseils, ni d'inquiétude qu'ils n'ont pas demandé.

Et croyez moi, vraiment, ça va aller.