Le blabla avant le sujet qui fait "Tu parles de quoi ? J'te parle de moi, j'te parle de faire des choix Si tu renonces à rien tu choisis pas faut que j'me barre de là":

 

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En ce moment au cinéma, il y a Le pont des espions. Allez le voir. Genre, pour de vrai. Spielberg à la réalisation et les frères Coen au scénario, il vous faut quoi de plus?  Et si vous voulez vraiment écouter quelqu'un en parler, allez regarder la critique de Yannick Dahan dessus (ICI).

Ça parle de la guerre froide et du fait de tenir debout avec ses principes, même seul. Surtout si on est tout seul. Et que "Every person maters", tout ça, tout ça.

Bref, je suis donc maintenant en train d'acheter plein de livres sur la guerre froide (GNII lui il parle d'Histoire et de Sciences Humaines, putain filez moi un lexomil) et de reprendre mes manuels d'allemand.

Et c'est l'un des voeux que je rajouterai à ma vidéo de l'autre jour :

Tombez amoureux, oui.

Mais n'oubliez pas d'être curieux.

Des petites choses, des grandes choses, des autres langues, des moments de l'histoire ou des biographies de personnes célèbres ou moins célèbres. Et même surtout de celles des gens pas connus, à vrai dire. Et je ne parle pas d'acquérir de la culture pour pouvoir se toucher dessus en soirée. Mais tu vois, l'autre jour, j'ai appris que pour dire "ampoule" en allemand, on disait Glühbirne et d'après ce que j'ai compris, c'est composé de "Glühen" (être incandescent/rougeoyer/enfin tu vois le genre, ich bin pas ta mère) et "Birne" (poire).

Donc en allemand, ampoule se dit POIRE INCANDESCENTE REGARDE COMME C'EST TROP MIGNON BORDEL.

(Maintenant ok, tu peux te la péter en soirée #DeRien)

 

Sujet du jour :

 

 Cyber harcèlement et sexisme : On commence bien l'année

 

Je croyais qu'on avait pris des résolutions pour 2016. Moi, par exemple, j'ai dit que j'allais écrire plus, filmer plus, et reprendre la guitare (ouais, dans six mois, je suis une rock star et je couche avec ta meuf).

Et j'ai surtout pris comme nouvelle résolution d'être moins conne.

Parce que j'avais du level cette année.

En exemple, voici "Dame Fanny souhaite un merveilleux et joyeux Noël à son pote qui est juif et qui ne le fête donc PAS" et "Dame Fanny essaie de couper le rideau de douche" : 

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 La. Souffrance.

 

Et je pensais que c'était une résolution mondiale, d'être moins con. Mais je me plantais un peu.

Qu'est ce que j'ai vu apparaître sur les réseaux sociaux avec les premiers jours de l'année?

De la merde.

Un joli et merveilleux cas de slut shaming et de cyber harcèlement. Youpi, on est aussi con en 2016 qu'en 2015.

L'histoire :

Une jeune fille de dix sept ans a couché avec un jeune garçon dans une salle de bain, à une soirée.

Ouah, l'intrigue de malade, le truc que personne n'a jamais fait.

Problème :

Une personne a trouvé ça malin de les prendre en photo durant l'acte, de le publier sur snapchat, et même d'envoyer la dite photo au père de la gamine sur facebook. Clap clap clap, on a du haut niveau en matière de connerie.

Depuis, le snap tourne sur les réseaux sociaux qui se sont empressés de relayer le truc parce que "hihihi c'est rigolo".

 

Voici le snap en question qui a tant fait parler de lui:

 

 

Piège

TADADAM C'ETAIT UN PIEGE.

On a dit d'être curieux, pas con.

 

Bien sur que non, je ne vais pas afficher cette photo sur le blog. Tout comme je ne dirais ni le nom ni le prénom de la jeune fille. Tu noteras bien la subtilité qui fait qu'elle seule est emmerdée par l'affaire, pas le garçon. Évidemment.

Et j'en profite pour dire que le hashtag #SupportPrénomDeLaJeuneFille que j'ai vu circuler n'est pas le truc le plus malin qui puisse exister. Ça part d'un bon sentiment, c'est sur mais si ça permet de continuer à donner des informations sur son identité, c'est peut être un peu ballot.

Qu'est ce qu'on a pu voir sur Twitter à propos de cette affaire?

On a pu voir que la plate forme a mis du temps avant de se bouger le cul pour faire disparaitre le hashtag. Il a fallu beaucoup de signalements, et beaucoup d'efforts de la part d'utilisateurs avant que ça ne bouge.

On a vu du soutien aussi, de la part de beaucoup de jeunes. Ce que je trouve positif, ça pourrait montrer une certaine evolution des mentalités. Youpi, sonnez les trompettes, on avance.

Et puis, on a vu le reste.

Oh, comme d'habitude.

Du slut shamming de merde. Extraits :

Sans titre

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Oulala, n'en jetez plus.

C'est marrant tout ça, de voir qu'on continue à cracher sur la gueule des filles qui choisissent leur sexualité. Surtout quand, deux mois auparavant, on se tartinait la gueule de bon sentiments pendant que l'attention mondiale était sur nous.

Moi, je croyais qu'on devait se tenir debout pour lutter face aux vilains terroristes qui attaquaient notre "mode de vie"?

Non?

Ce qui est encore plus étonnant, c'est que j'ai retrouvé exactement les mêmes propos dans Le Pont des Espions que j'ai vu hier, et qui se passe dans les années 50 - 60. Le méchant, c'est toujours celui qui est envieux de notre mode de vie, le salaud.

Curieux, curieux, curieux.

Donc notre mode de vie, c'était "les terrasses et les françaises libres et belles et baisables et sexuelles", c'est ça? Ce mode de vie que tout le monde nous envie et qu'on défend farouchement?

 

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Tu parles.

Dès qu'on soupçonne la moindre fille d'avoir une relation sexuelle, on la traite de pute et on est à la limite de reprendre les fourches et d'aller la foutre au bûcher.

Encore.

Alors, on lui reproche quoi à cette jeune fille?

 

1. On lui reproche d'avoir eu une relation sexuelle dans un autre endroit qu'un lit.

Êtes vous sérieux?

Qui n'a jamais rien fait de sexuel dans une soirée?

Qui n'a jamais couché que dans un lit? Qui n'est jamais sorti de la chambre pour faire des perversités dégradantes ailleurs? Qui n'a jamais essayé dans la salle de bain? Qui ne s'est jamais cassé la gueule dans cette putain de baignoire qui glisse toujours trop? Qui n'a jamais réalisé que coucher sous la douche, c'était sympa mais c'était quand même un peu chiant pour respirer parce qu'on n'est pas waterproof yellow submarine? Ou qui n'a jamais compris qu'être assise sur le lavabo, ça allait permettre de réaliser le fantasme de coucher debout (soyons sérieux, se faire porter pendant n'arrive pas aussi souvent que le cinéma essaie de nous le faire croire, RIP mes fantasmes d'ados)? Qui n'a jamais couché dans le salon, dans la cuisine, dans une piscine, à la mer, avec des amis dans la pièce à côté, sur son lieu de stage, dans des archives, dans un autre pays, dans des toilettes, dans une voiture, chez un(e) inconnu(e), à l'hotel, par terre, contre un mur, sur une chaise, sur un fauteuil de bureau, sur un fauteuil électrique, sur un canapé, sur un toit, dans un grenier (je suis à court d'idées)(mais je vous fait confiance, je suis sure que vous avez les moyens de poursuivre cette liste)(#PerversionEtAbomination).

 

2. On lui reproche d'avoir fait ça avec un inconnu dans une soirée.

On n'en sait rien. Ils étaient peut être en couple, c'est peut être son mec, c'est peut être juste un coup d'un soir, c'est peut être l'amour de sa vie, c'est peut être un plan cul. On n'en a pas la moindre idée.

Et j'ai bien envie de dire : On s'en balance.

Que celui ou celle qui n'a couché qu'avec une seule personne dans toute sa vie lui jette la première pierre.

Ah oui, merde.

On est tous dans le péché. Sauf peut être ma grand mère qui me rabâche qu'elle n'a jamais connu que mon grand père. Mais elle est née en 1930, elle est genre un peu tellement vieille qu'elle a connu Hitler (par personnellement c'est bon, Ich bin pas des nazis dans la famille). Et tu vois, je discutais avec elle l'autre jour, et je lui parlais d'une relation que j'avais eu et on a eu ce dialogue :

- "Blablabla j'avais rencontré ce garçon d'Alaska avec qui j'ai eu une aventure pendant son tour de l'Europe mais blablabla détails pas intéressants.

-Ooooh, s'exclama mamie, tu couches vraiment avec n'importe qui!

-Non, répondit-elle, je ne couche qu'avec les gens qui sont jolis. (rire du public)(+ 2 points pour la rime)

-.....Tu as raison, accepta la vieille dame, je suis un peu vieux jeux!"

Ma grand mère a 85 ans. Si vous avez un avis qui est plus dépassé qu'elle qui est quand même over vieille, il ne vous reste plus qu'à aller rejoindre la manif pour tous.

Vous vous y sentirez chez vous avec leur morale de vieux, leurs avis de vieux, leur conception de la vie de vieux, et toutes les conneries qu'ils peuvent affirmer sur ce qui est bon ou pas de faire, et sur l'effondrement de la civilisation qui nous pend au nez à cause de notre perversité (Et putain, depuis le temps qu'on nous le promet, j'aimerais bien que tout s'efffondre dans un joyeux bordel pour qu'on puisse enfin reconstruire deux trois trucs plus égalitaires par dessus).

 

3. On lui reproche parce que nous hein, on n'aurait jamais fait ça à son âge.

Vous êtes vieux.

Vieux.

Vieux.

Et encore vieux.

Le problème, c'est encore et toujours ce slut shaming à propos de l'idée que les femmes ne peuvent pas être libres de leur sexualité. Je connais pas de phrases plus exactes que les paroles de "Bloqué" qui disent T'aime ta meuf parce que c'est pas une traînée Tu trompe ta meuf parce que c'est pas une traînée. On en est encore là, et putain va-t-on encore longtemps faire grandir les adolescents dans cette chrysalide de pensées rétrogrades?

Nous sommes les exemples à donner. Nous sommes les modèles vers lesquels ils tendent, sur lesquels ils s'appuient pour se façonner. Donc si on reste comme des cons à lyncher la sexualité d'une adolescente, comment voulez vous qu'on change d'un iota (#ExpressionsDeVieille) leur façon de penser?

Si on hurle avec les loups dès qu'on voit quelque chose dépasser du cadre?

Si nous même, on se fait avoir au jeu du sexisme et qu'on se permet de les juger du haut de notre prétendu âge adulte?

Celui qui reste encore flou pour nous, où on paye des impôts mais qu'on continue à se déguiser pour aller voir Star Wars? Cet état d'adulescent respectable et toujours un peu inconscient, où on a des gueules de bois encore monstrueuses, des peines de coeurs affreuses, des fêtes qui finissent tard, des histoires merveilleuses, des amitiés nouvelles et celles dont on se sépare, des fous rires à en pleurer, nos loyers à payer, nos insécurités dans le miroir, la fierté parentale qu'on n'aura jamais vraiment comme on voudrait, tout ce qu'on fait et que la morale réprouve, ce qui nous fait rougir en réunion quand notre esprit s'égare, et ce qu'on finit toujours par avouer devant des verres avec notre entourage qui nous approuve.

Nous sommes les mêmes personnes que ces deux adolescents chopés dans une salle de bain. Nous ne sommes ni mieux, ni moins bien. La seule différence notable qu'on a avec eux, c'est qu'on a eu la chance de grandir sans réseaux sociaux. Sans smartphones pour tout enregistrer, photographier, publier. On n'était pas plus intelligents, on n'avait juste pas la même technologie. Et je suis certaine que ça nous a sacrement sauvé la vie. Quand je vois la tête des appareils photos qu'il fallait se trimballer. Qui était lourds, qui nécessitaient un câble pour les relier à un ordinateur. Et puis, surtout, il fallait aussi la connexion internet qui allait avec. On était loin des iphones et des androids de maintenant, tout était plus lents et nos conneries trop rapides pour être attrapées.

Preuves de nos anciennes technologies contenant des photos dossiers, warning warning warning:

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Ce qu'il ne fallait pas faire à l'époque pour faire un selfie

PS :Oui, c'est bien un bonnet reggae, non, tu n'as pas besoin d'en savoir plus.

PPS : Oui pour les plus attentifs, je ne me vernissais pas tous les ongles #REBELLION

 

Et pour les téléphones, c'était la même. Je ne pense pas qu'on aurait pu faire quoi que ce soit des photos qu'on prenait avec nos portables de l'époque. Photo dossier, deuxième :

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TMTC les vrais amis et les merveilleux téléphones à clapet 

(+ les mitaines parce que j'écoutais Linkin Park ouais ouais)

 

On était pareils, mais peut être plus chanceux parce qu'on n'avait pas le monde entier à portée de main. Quand je me souviens de la gueule de mes statuts msn de l'époque, je me dis que c'était vraiment une chance de ne pas avoir eu facebook, twitter et tout ces outils merveilleux quand on a suffisamment de recul pour s'en servir au mieux.

Donc c'est facile de venir se foutre de la gueule des plus jeunes quand on n'a pas vécu notre adolescence de la même façon. Pas la même visibilité sur internet, pas le même accès au sexe, pas de possibilité de preuves aussitôt prises, aussitôt mises en ligne, likées, retweetées, partagées. Tes conneries adolescentes que tu as le droit de faire, en mode trending topic sur Twitter parce que les gens sont cons et qu'ils ont maintenant le pouvoir de le montrer. Comme si on n'en avait pas fait nous, des actes honteux qu'on aimerait bien oublier.

A l'adolescence, je roulais ma première pelle à 15 ans à un apprenti rugbyman à un mariage (#GrandirDansLeSudOuest). J'étais pas encore sexuellement active, pour plein de raison. Le max que j'ai pu faire en terme de scandale, c'est de me faire plaquer sur msn (#vieux) et d'embrasser un nouveau garçon le soir même. Ça avait été rapporté à celui qui m'avait quitté, et ça avait fait le tour du lycée le lundi matin. J'étais passé pour une fille facile à l'époque, et ça avait été affreux. Donc t'imagines un peu à quel point on ne jouait pas dans la même catégorie.

J'ai l'impression de parler vraiment comme une vielle conne, mais la donne a changé en dix ans. Ce n'est pas l'écart d'une génération, mais c'est assez important pour qu'on apprenne au moins à ne pas juger ce qu'on ne connaît pas. On n'a pas le même accès aux informations sur le sexe, et toute la pression qui en découle. On ne vit pas tout à fait l'entrée dans la sexualité de la même façon, même si je rejette ce discours qui dit que "ohlala les jeunes de maintenant, on était mieux avant". Non, on n'était pas mieux, on était différent.

Ce qui serait important maintenant, c'est de pouvoir avoir le rôle d'adultes bienveillants. Et de ne pas rentrer dans le jeu de la diffusion d'images à caractère pedo-pornographique, ça serait bien. Ca nous rendrait pas moins vieux, mais ça permettrait de rappeler que le monde des adultes n'est pas rempli de requins.

Et puis moi, je me permettrais juste de rappeler que si on conserve, diffuse ou laisse diffuser au public l'image d'une personne prise dans un lieu privé sans le consentement de celle ci, ça peut aller jusqu'à 45 000 euros d'amende et un an d'emprisonnement. Parce que la loi, c'est pas juste fait pour faire beau. Et ça me fatigue tout ça, d'avoir à rappeler le cadre légal parce qu'on est encore trop cons dans cette nouvelle année.

Et qu'on la commence avec du sexisme et du cyber harcelement sur une ado parce qu'on n'a rien de mieux à foutre dans nos vies creuses et insignifiantes.

Parce qu'on n'a pas encore appris la leçon, pas encore compris l'intérêt de changer des pensées retrogrades qui nous gangrènent et nous freinent jusqu'à l'amputation.

Nous sommes le 3 janvier 2016, et je finirais cet article en posant cette question :

 

Putain alors, c'est quand qu'on devient grand?