Le blabla avant le sujet qui fait "De tracer d'là j'compte, c'est l'âge con et là j'ai l'impression d'être en retard Il serait peut être temps de passer la seconde"

Petite astuce : Devenez membre du site deslettres.fr (C'est gratuit et c'est pas un article sponsorisé putain merci arrête de détruire la confiance qu'il y a entre nous merde) et ça vous enverra quatre fois par semaine des lettres et correspondances de personnes connues et moins connues. Genre Boris Vian. Et outre le fait qu'il est fort probable que je tombe amoureuse de lui très prochainement (je vais bientôt me pencher sur l'ensemble de ses oeuvres), j'ai pu apprendre deux choses :

1 : Il était pas mal du tout.

intro

Hey sexy lady, I like your flow

 

 2 : Il écrivait des lettres où il était très malpoli, très vulgaire, très come here rude boy, boy can you get it up:

"Linard, je vous le dis tout net, j’ai tenté avec vous la franchise, la tendresse, les bons sentiments ; mais rien ne s’accroche à votre coeur glissant comme un savon caduc mouillé de sperme. Linard, je serais ferme : à la première tentative que vous ferez de me rapporter cette guitare, je vous sonne. Et à coups de pompes dans les molaires, procédé que je répugne d’ordinaire à employer sinon avec les chevaux."

"votre coeur glissant comme un savon caduc mouillé de sperme"

L.A.M.O.U.R

 

Sujet du jour :

Le cas Céline Dion : Sois belle et tais toi

 

Point culture : Ce mois-ci, ça sera l'anniversaire du centenaire du début de la bataille de Verdun, qui a commencé le 21 février 1916.

Je répète : 1916, c'était il y a cent ans.

Il

Serait

Peut

Etre

Temps

D'arrêter

De

Se

Comporter

Comme

Des

Trous

Du

Cul

Du

Siècle

Dernier.

(Calligrames, Guillaume Apollinaire)

(Ou presque)

 

C'est quoi l'embrouille aujourd'hui?

L'embrouille, c'est qu'on a encore du boulot pour virer le sexisme des sociétés, des propos, des modes de vie et des cerveaux. Il est encore bien imprégné dans chacune de nos cellules, dans chaque connerie prête à être dite, prête à être pensée. On l'a toujours à l'intérieur de nous, et malheureusement on le véhicule.

Putain, on n'a pas encore fini d'en chier.

Aujourd'hui, on va parler de Céline Dion. C'est pas très fréquent ici mais il faut savoir s'adapter.

Donc on est parti pour un point Québec :

BLA6

Photomontage Summer '15 rien que pour toi bébé

 

Céline Dion a perdu son mari dernièrement. Tout le Canada était donc très triste, et même le premier ministre canadien Justin Trudeau a exprimé ses "sympathies les plus sincères à la famille et aux proches de René Angélil" (je parle du premier ministre uniquement pour pouvoir constituer mon article entièrement de gif de cette personne, j'assume).

soupir

Et de un.

#CoeurAvecLesDoigts

Donc le mari de Céline Dion est mort. Et comme si ce n'était pas assez, son frère est mort aussi. Ça fait plutôt beaucoup.

Surtout quand on se mange des commentaires dans des tweets aussi con que celui ci :

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Moi, ce genre de bouffonnerie, ça me donne juste envie de sortir mes citations spéciales "rap français" pour placer celle là "Tous ces connards dans la pub, dans la finance dans la com’, dans la télé, dans la musique, dans la mode. Ces parisiens, jamais content, médisants, faussement cultivés, à peine intelligents".

Ça fait du bien quand c'est dit.

Reprenons.

C'est très symptomatique du problème du sexisme qui malheureusement nous fait encore bien chier en 2016. Il s'agit d'injonctions permanentes visant à nous ordonner d'être toujours le plus présentable possible. Maquille toi bien. Assez pour ne pas avoir l'air négligé, pas trop pour ne pas avoir l'air d'une salope au rabais. Habille toi avec goût, pas trop stricte pour ne pas passer pour une coincée frigide, pas trop sexy pour ne pas provoquer le désir chez les hommes. Coiffe toi. Fais des régimes pour ne pas être trop grosse. Mais aie des formes parce que les vraies femmes en ont.

Sois belle.

Sois belle.

Sois belle.

Même quand tu enterres ton mari, meuf. Même quand t'as juste envie de te rouler en boule et pleurer. N'aie pas l'air vieille surtout, merde, on te regarde. Je m'en fous que tu sois en deuil, je m'en fous que tu souffres.

Sois présentable. Sois respectable. Sois baisable.

Baisable même si tu chiales. Baisable même avec de la morve et l'envie de crever. Respecte moi et fais attention à toi.

Je m'en fous que tu chiales du moment que tu fais toujours bander.

C'est juste un cas isolé, ce tweet?

Bien sur que non, on le sait.

Et je parle là d'un journaliste avec plus de 26 000 followers et qui n'a pas du tout compris pourquoi les gens étaient tellement méchants avec lui.

2

#MondeCruel #DurchDenMonson

 

Du coup, une personne de bon goût et avec un magnifique combishort primark lui a répondu :

 

3

 

Et à force de réponses dans le même genre et d'avalanche de critiques, le tweet de Jean Michel Journaliste a fini comme ça :

tweet indisponible

Est ce que tu m'entends hey oh

 

Yeah yeah, encore une victoire écrasante des troupes feminazies.

On passe à autre chose?

Justement non, j'aimerais bien revenir sur cette micro histoire.

J'en profite encore pour utiliser ce qu'on me dit sur twitter dans un article. Etant donné que mon tweet a été un peu partagé, je me suis donc retrouvée une nouvelle fois avec du troll anti feministes/femmes/bouhouhou vous êtes méchantes. Généralement, je me fous un peu de me faire insulter sur les différents réseaux sociaux mais là, j'ai trouvé ce tweet intéressant : 

 

4

#FrançoisBayrouDuFeminisme

 

Il y a deux choses à retenir dans cette réponse, et qui montre bien quelque chose de récurrent dans le sexisme.

Tout d'abord, il y a cette négation qu'on retrouve absolument partout quand on dénonce quelque chose. Non, ce n'est pas sexiste. Non, ce n'est pas raciste. Non, ce n'est pas contre les personnes handicapées. Non, ce n'est pas une histoire d'orientation sexuelle.

Non. Non. Non.

J'ai l'impression que lorsqu'une attitude est discriminatoire, il faut qu'on la subisse mais il faut aussi qu'on en apporte des preuves.

En clair, les autres sont cons, mais en plus je dois pointer du doigt où et comment ils sont cons, sinon ils ne pourront tout simplement pas s'en rendre compte.

Sérieusement?

Je veux dire, allez vous venir pleurer à chaque fois qu'on dénonce quelque chose parce "C'est pas grave", "Ça aurait été pareil avec un homme", "Ilyadescausesplusimportantes" et autres "not all men"? Genre pour l'éternité, on va se taper un remake de Baudelaire en mode c'est le retour "des esprits errants et sans patrie qui se mettent à geindre opiniâtrement"?

Chaque.

Putain.

De.

Fois?

Je pars pour principe que je ne suis enseignante que dans le temps réglementaire où je suis payée. C'est à dire que je ne suis pas là pour vous éduquer, et je trouve que tout type de tentatives de venir chouiner, chialer, pleurnicher est une perte de votre temps, et du mien par la même occasion. C'est de la pollution de chaque putain de fait sexiste dénoncé.

Grossièrement dit, ça me casse les ovaires mais on n'est pas dans un clash entre Booba et Rohff donc je prends rarement la peine de répondre. Mais je constate les mêmes similitudes entre toutes ces interventions.

Et ça me désespère un peu.

De plus, je prends un peu de temps pour parler de cette expression qui me pose problème :

"Il faut se calmer".

C'est tout l'enjeux qu'on retrouve avec les luttes contre les discriminations. Cette fantastique et incroyable fascination de faire passer l'autre pour une "hystérique" ou pour quelqu'un qui n'est pas maître de ses émotions.

Qui s'emballe, qui en fait trop, qui a ses règles, qui n'a pas la tenue exemplaire d'un homme, qui se comporte comme un enfant, comme une personne dépourvue de maturité émotionnelle. Et donc qui a un avis qui ne peut être aussi important que celui qui garde son calme.

Évidemment qu'il garde son calme, ce n'est pas lui qu'on discrimine à longueur de putain de journée.

C'est plus facile, la vie comme ça.

Et j'ai personnellement un peu du mal avec cette expression, "il faut se/te calmer". La dernière fois qu'on me l'a dit, c'est la seule fois où une personne avec qui j'étais en couple a voulu lever la main sur moi. C'était pour que je me calme, parait-il. Sûrement n'y avait-il pas d'autres moyens pour que j'entende raison que de me retrouver par terre. C'est peut être encore cette supposée "hystérie" qui nous anime toutes et qui nous dépossède de notre faculté de raisonnement. Et qui oblige ensuite l'autre à ce genre de comportement. Je ne sais pas.

(Mémo utile : Ce n'est pas jamais de ta faute. C'est toujours de la faute de celui/celle qui te fait du mal, peu importe le mal dont il s'agit. Qu'ils aillent tous et toutes se faire cuire le cul. Tu mérites le meilleur dans cette vie. Tu mérites qu'on t'aime et qu'on fasse attention à toi, tu mérites d'être heureuse/x)

Ok

#Poutine

Bref.

On m'a demandé de me calmer parce que j'avais écris deux tweets.

Deux.

Sur un compte twitter privé, sur un réseau social dont le but principal est de communiquer.

Deux messages et c'est déjà un temps de parole trop monopolisé. Tu imagines un peu le truc? Tu imagines un peu tout ce que ça sous entend sur la place de la parole féminine?

Quand on regarde les statistiques publiés par le Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes, on s'aperçoit que "en 2011, il y a 18% de femmes parmi les expert-e-s invité-e-s dans les émissions de télévision, de radio ou encore les principaux hebdomadaires. A la radio, le temps de parole des experts hommes est de 25 minutes contre 1 minute 35 pour les expertes femmes." (SOURCE).

Ça pue un peu, non?

Ça me fait penser à twitter où je parle parfois/souvent de mon métier et de tout ce qui l'entoure. Et je me suis permise l'autre jour de faire une mise au point après une énième réflexion pas forcement méchante mais assez significative sur comment je devais m'y prendre pour faire mon métier. Et une tentative de mansplaining sur la langue que je pratique au quotidien. Je me suis donc permise de dire ça :

specialiste

specialiste2

#jresteghetto

Et vraiment, je vous encourage à l'ouvrir et à prendre du temps de parole. A revendiquer votre connaissance dans tous les domaines qui vous touchent et que vous maîtrisez. Le temps de parole ne sera jamais donné, il sera pris. Et c'est chiant, c'est long et on n'a pas envie. Mais même si on veut nous le faire croire, rien n'a jamais été donné dans les luttes contre les discriminations, tout a été pris par des combats, encore et encore.

Im focused on you

#OhYeahJustin

 

Ce qui me fait vraiment marrer aussi (enfin, qui me donne envie de me ronger les poignets plutôt), c'est qu'on reproche au féminisme de monopoliser la parole mais également de ne pas la prendre.

Exemple.

Un journal que je ne citerai pas parce je n'ai pas envie de leur faire de la pub, s'est permis une Une dans ce genre :

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Et ta mère?

 

Donc "Validité Présentement" a trouvé malin de venir chouiner qu'on ne parlait pas assez.

Est ce que ça donne envie de casser des rotules et autres prothèses de hanches?

Oh oui.

L'injonction paradoxale de la fermer et en même temps de l'ouvrir. Notons bien qu'il s'agit là de l'ouvrir afin d'alimenter des propos racistes sur la dangerosité des migrants. On ne parle pas vraiment de la sécurité des femmes, on parle juste de ces affreux barbares qui leur feraient du mal.

Parce qu'ici, dans notre beau pays, on ne leur en fait pas du tout, n'est ce pas? Et les 83 000 viols ou tentatives de viols par an seraient le fait de 83 000 migrants et autres personnes de nationalités non-françaises, c'est ça? (Source).

Mais les statistiques nous disent que 83% des agresseurs sont connus des victimes. 

Alors quoi?

Donc chère Validité Présentement, si vous écoute bien, il suffit donc que je n'adresse la parole à aucune migrant pour ne pas me faire agresser, c'est ça?

On n'utilise pas la souffrance d'autrui pour pouvoir bien se branler sur ses pensées racistes.

On n'utilise pas la cause féministe pour pouvoir écraser un peu plus les minorités.

Je ne me sens pas coupable de ne pas avoir parlé de Cologne. Je n'attends pas qu'un journal poussiéreux me donne mon diplôme de "fidèle féministe 2016". Nous n'avons pas besoin de vous pour pouvoir parler, nous ne vous reconnaissons pas cette autorité. Surtout que si vous cherchez à culpabiliser des gens par rapport au féminisme, il faudrait peut être balayer devant sa porte.

Non?

 

ou sont les femmes

Ou sont les femmes, femmes, femmes

Où sont les femmes?

 

Surtout quand on ne compte que 23 femmes sur une équipe de 74 personnes. Ça fait un peu tâche, à vrai dire. Ça ne fait pas très sérieux au niveau de l'engagement qu'on n'aurait pour lutter contre la discrimination et le sexisme, non?

Je finirai mon article en rappelant que oui, le sexisme est toujours là. Les sociétés changent petit à petit, mais il y a encore du travail à faire. Petit-à-petit, il est important de ne pas laisser passer des choses qui viendraient nous conforter dans nos habitudes discriminantes vieilles et usées, encore présentes et très utilisées.

Prenez la parole, prenez la toute entière. Prenez la même si vous n'êtes pas sure, ou même si on vous dit de vous taire.

Surtout si on vous dit de vous taire.

N'écoutez pas ceux qui voudraient donner des leçons en ne respectant même pas l'égalité et la parité dans leurs administrations.

On a besoin de vous entendre, sur tous les sujets, même les chiants. Je voudrais plus d'expertes, plus de femmes spécialistes et plus de diversité.

Plus d'égalité.

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#JustinTrudeau2017

 

Peut être que comme ça, on se retrouvera de moins en moins avec des spécialistes des médias capable de venir critiquer les choix vestimentaires d'une femme en deuil.

Peut être que ça sera la dernière fois qu'on lit des choses aussi connes et retrogrades devant un cercueil.