Le blabla avant le sujet qui fait "Please tell me why my car is in the front yard And I'm sleeping with my clothes on":

Deux petits conseils niais avant de commencer :

1: La semaine dernière, je me suis retrouvée à m'occuper d'un adolescent mis à la porte par ses parents (Tome 200 des aventures fascinantes de "Dame Fanny & les inconnus croisés par hasard"). J'ai demandé de l'aide sur Twitter qui m'a bien conseillé, donc je fais passer l'info ici.

Si jamais vous vous retrouvez à rencontrer un pioupiou perdu à un arrêt de bus la nuit : il faut penser à aller voir le Centre communal d’action sociale (CCAS) le plus proche de chez vous. Ce sont ces professionnels qui s'occupent des jeunes en difficulté qui ont moins de 25 ans. Sinon, il faudra aller voir la Maison Départementale de la Solidarité (MDSI).

Enfin, vous faites ce que vous voulez, vous n'êtes pas obligés. Ça vous évitera des situations où les gens ne vous croient pas quand vous répondez "Mais non, je n'ai pas de lien avec lui, je l'ai trouvé dans la rue".

Mais si j'avais un conseil à vous donnez sur cette expérience : Aidez votre prochain."Tu aimeras ton prochain comme toi-même", tout ça tout ça. Je suis athée et je ne crois pas en grand chose en ce qui concerne l'humain. Mais je pense que notre humanité, c'est un peu la dernière chose qui nous reste, à l'heure actuelle. Ce qu'on donne sans chercher à reprendre, ce qu'on donne sans attendre rien en retour. Ne pas voir l'autre comme une nuisance perpétuelle. Et ça n'a pas plus creusé mon découvert de faire trois courses pour un ado affamé ou payer quelques nuits en auberge de jeunesse.

Ca m'a surtout rappelé qu'il y avait un humain à l'interieur de moi, et que parfois on pouvait être un petit élément qui pouvait faire une grande différence.

Du coup, cette histoire m'a foutu un joli coup de pied au cul, et m'a fait enfin contacter des associations d'aide aux réfugiés pour proposer mes compétences de professeur. L'une d'elle est intéressée et je vais sûrement donner des cours de français à des réfugiés et demandeurs d'asile syriens. Laisse tomber comme je suis heureuse, t'as pas idée.

Soyez un petit élément pour quelqu'un. Soyez cette grande différence là.

2. Deuxième petit conseil : N'oubliez pas d'être immature. Si tout doit être sérieux, grave, et terrifiant en ce moment. Si on nous parle sans arrêt de crise humanitaire, de réchauffement climatique, de guerres et d'actes violents.

N'oubliez pas de faire n'importe quoi. De rappeler aux gens que vous les aimez. "Aimez vous à tort et à travers", comme l'a dit François Morel (ici) qui citait Beaucarne. Envoyez des conneries par la poste, plein. Prenez des nouvelles des autres. Allez les voir pendant qu'il est encore temps. Même si c'est loin, même si c'est prenant. Les amis, ça peut mourir aussi, ne l'oubliez jamais. On passe beaucoup trop de temps à faire semblant d'être des adultes, c'est épuisant. Soyez un enfant cinq minutes, faites ce que vous voulez vraiment.

Et ça vient de la part de quelqu'un qui se déguise dès qu'elle peut quand elle fait cours d'histoire.

Soyez con, s'il vous plaît. Soyez con.

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Traumatiser les élèves en leur enseignant les guerres mondiales : check

Sujet du jour :

 

Le retour de Cricri : "Les femmes ont besoin de vrais hommes, pas de guimauves féminisées"

 

Chère Christine.

Tu me fatigues. Encore. Je veux dire, en 2013, tu m'avais déjà mise très en colère. Les horreurs que tu avais dit contre nous, c'était dur. Sous tes airs respectables avec ta famille, ton parti, tes idées chrétiennes démocrates un peu moisies. Tu nous crachais dessus dès que tu le pouvais, on avait ta bave rance sur le visage dès que tu intervenais.

Les LGBT, on a vraiment souffert il y a deux ans. Tu nous as traînés dans la boue à cause de l'imminence de la "fin de civilisation", et pour plein d'autres prétextes à la con. Toi et les autres, vous vous êtes bien lâchés à l'époque. Ça devait être un joli défouloir, ça a dû vous faire mieux dormir la nuit. Tous ces pervers, ces détraqués. Tous ces contre-natures à dénigrer, à insulter. A longueur de journée, par tweet, par message, par communiqué. Dans la rue, avec vos ballons roses et bleus, vos gamins devant vous comme boucliers, vos petits souliers bien cirés et votre haine à gerber.

C'est sur, on s'en souviendra longtemps. De votre homophobie, de vos pensées putrides et de vos slogans.

"Un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants"

Mais ce n'était pas assez. Il fallait continuer à rabacher tes idées dont personne ne veut. Et qui sont toujours aussi rétrogrades et avariées.

Maintenant, tu as décidé de sortir un livre. Chouette. On n'en avait pas assez. "Les insolences de Christine Boutin", chez Jacques-Marie Laffont éditeur.

I can't wait.

O joie, tu as décidé de faire sa promotion dans les médias. Ce qui nous a donné une fantastique et absolument renversante interview sur Sud Radio dimanche dernier. Le journaliste revenait sur une citation du livre où il etait expliqué que "les femmes ont besoin de vrais hommes et pas de guimauve féminisée". 

Le journal Marianne en a fait la retranscription que je vous laisse aller lire. A gerber. (ICI)

Par quoi je commence, Cricri amour?

J'ai bien envie de citer le député Sergio Coronado qui répondait à Christian Jacob qui l'avait traité d'hystérique lors d'un énième débat à l'Assemblée Nationale sur le mariage pour tous :

«Cher Christian Jacob vous auriez pu être plus franc et faire comme dans les cours d'école: me traiter de pédé»

Parce que c'est ça que tu veux dire, Cricri. Un homme, un vrai, ça ne s'épile pas, ça ne met pas de crème, c'est pas une guimauve féminisée.

Un vrai homme, c'est pas un pédé

J'ai bon, c'est bien ça que tu voulais dire? Ou tu vas encore nous faire un couplet sur le fait qu'on t'accuse à tord d'être homophobe. Qu'on t'a mal compris encore, que tu ne vises personne quand tu parle de la virilité.

Cricri, tu me dégoutes.

Grave.

Ton homophobie et ton sexisme sont les restes des pensées du siècle dernierce qui me file des frissons. Ce sexisme bien visqueux, bien collant, qui voudrait qu'on continue à s'enchainer à des schémas qui nous aliènent, par peur de trop changer. Les femmes, les hommes, les convenances, chacun chez soi et les moutons seront bien gardés.

 

Je suis féministe parce que je ne supporte pas les inégalités entre les sexes. Je suis féministe pour avoir le droit d'avoir le même salaire, la même place, le même rang. Je suis féministe pour tout un tas de raisons, des bonnes et des moins bonnes probablement.

Et pour moi, le féminisme, c'est aussi dire :

Putain, mais vous allez arrêter un jour avec vos injonctions de merde aux hommes?

Vous allez leur foutre la paix quand?

Aux petits garçons quand on leur dit de ne pas pleurer comme une fille, d'être des hommes, des guerriers, des durs, des vrais. Quand on ne leur apprend surtout pas à dire leurs émotions, à ne pas les laisser s'exprimer. Pleurer, rougir, gémir, crier. Comme ça, on vendra ensuite des tonnes de magazines féminins tous plus cons les uns que les autres avec des titres nous promettant "Comment réussir enfin à LE faire parler ?". Et tout le monde sera content dans cette communication jamais complète, jamais entière, jamais terminée.

 

Aux adolescents quand on leur vante la masculinité comme seul modèle dans lequel ils peuvent s'exprimer. Deviens un homme, chope des filles, vite. Prépare ton avenir parce que tu devras subvenir aux besoins de toute une famille. Ca fait peur de devoir tout porter sur tes épaules? On s'en fout, ravale, démerde-toi. Deviens une machine, blinde toi, ne te fissure pas.

 

Aux hommes, quand on leur ordonne d'être viril coûte que coûte. Ne pas pleurer, de pas parler de ses insécurités, ne pas trop dévoiler. Ne pas être faible, ne pas pouvoir être consolé. Ne surtout jamais ressembler à un homosexuel, cet homme qui ressemblerait trop à une femme si j'ai bien compris ce parallèle ridicule. Faire attention à comment on s'habille, comment on s'exprime.

Faire attention à comment on baise, aussi. Toujours pénétrer autrui, ne jamais être pénétré. Prostate, tout ça, on oublie garçon, on oublie. Je ne suis pas quelqu'un qui se mèle de la sexualité d'autrui, et chacun est vraiment libre de faire ce qu'il veut au lit, ou ailleurs. Mais de toi à moi darling, passer à côté d'une partie de sa sexualité qui pourrait être bien intéressante sous prétexte de cliché, c'est quand même un peu dommage.


Avec ce genre de discours de merde Christine, tu nous rabaches les codes du schéma comme on voulait faire les hommes, avant. Un homme "puissant, qui a de la force", qui ne s'encombre pas à se mettre des crèmes et qui est là pour tenir la famille. Droit. Solide. Dur. Peu enclin à partager ses émotions, et en compétition naturelle avec sa progéniture.

 

Tu voudrais qu'on continue à reproduire le modèle de la génération de nos pères, en somme.

Et les pères. Je ne sais pas si c'est mon oedipe, mais j'ai l'impression d'être en colère tout le temps contre eux. Peu de compliments, peu de félicitations, peu de mots de soutiens pour avancer. "Pas tous les papas", tant mieux. Bien évidemment, bien heureusement. Mais j'en ai trop vu quand même, de ce modèle-là. Et ça me donne envie de leur crier dessus quand j'en croise. Ça me donne envie de les prendre par leurs épaules de sextagénaires, de les secouer et de leur apprendre la vie du haut de ma vingtaine.

Tu vas lui dire quand à ton fils, qu'il est quelqu'un de bien?

Qu'il est devenu un homme admirable, plein de qualités? Qu'il est sensible, généreux, qu'il est doué? Qu'il fait attention aux autres, qu'il est à l'écoute, qu'il est brillant?

Quand est-ce que tu vas lui dire que tu es fier de lui, putain?

Il en a besoin, quoi qu'il en dise. Ils en ont besoin et ils le méritent. Arrêtez ce concours ridicule de qui réussi le mieux sa vie, on ne joue pas dans les mêmes catégories que ses parents, jamais. Dites-leur que vous les aimez, vous les tuez vos fils à force de vouloir toujours vous comparer à eux.

Un homme "qui est puissant, qui a de la force" pour citer cette merde d'interview, c'est un homme qui assume de laisser son fils vivre en oubliant la peur qu'il veuille un jour "tuer le père". C'est quelqu'un qui accepte que les temps changent, et que sa progéniture ne sera pas comme l'avait imaginé. Et tant pis. Et tant mieux, merde, et tant mieux.

Les codes de la masculinité bougent et il faut les encourager. Même si c'est lent, c'est vrai. On a encore du boulot là dessus. Rien qu'a voir la tronche du marketing pour leur vendre les vilaines-crème-de-satan. C'est à mourir tellement c'est gros, tellement c'est lourd, tellement ils en font trop.

 

Serieusement?

Je ne ne dis pas qu'il n'est pas possible de se reconnaître dans ce genre de critères de virilité en tant qu'homme. Je connais des hommes qui sont très à l'aise dans ce genre de code et qui s'épanouissent pleinement dedans. Et c'est bien, et c'est tant mieux d'arriver à trouver un endroit où se sentir soi-même, peu importe comment.


Soyez dans ces codes-là, si vous voulez. Mais n'oubliez pas qu'ils ne sont pas la seule possibilité pour se revendiquer masculin. La définition de "virilité" du Petit Larousse me gène assez d'ailleurs : "Ensemble des caractères physiques de l'homme adulte ; ce qui constitue le sexe masculin - Mâle énergie, courage". Est ce que ce n'est que ça, la virilité? L'energie, le courage, le pénis?

Ça l'est, sûrement. Mais n'est-ce que ça? Est ce qu'on ne peut se définir que comme ça? Sois viril et tais toi? Et cette idée du courage qui ne serait que masculin? Bien sur que non, hein, bien sur que non. Je n'ai pas l'impression d'en manquer en étant du sexe opposé.

Mais on manque de choix, dans la représentation. On manque de choix, on manque encore d'audace pour expliquer ce qu'est un garçon. Je peux être une fille et porter une robe, une jupe, un pantalon. Je peux être fille et féminine, je peux être fille et masculine. Je ne serai pas vue de la même façon, c'est certain. Mais je peux le faire.

L'inverse est moins vrai.

C'est comme Zara qui a lancé "ungendered", sa collection non-genrée. Sur le papier, j'aime l'idée. En vrai, je trouve que c'est juste une collection où les filles peuvent s'habiller avec des habits de garçon. Moi, quand j'ai envie de faire ça perso, je vais directement leur piquer des trucs dans les rayons "hommes" des magasins, je n'ai pas besoin d'une étiquette spéciale et d'un nouveau logo.

 

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Bof bof bof #bof

J'aurais préféré que les hommes puissent s'approprier des vêtements aux coupes plus féminines, puisque c'est là qu'il y a encore tellement à faire. A renouveler. A réinventer. Moi, j'ai plutôt envie de voir plus de campagnes comme celles de Tom Ford. Qu'on casse les barrières des genres, qu'on continue à créer le flou dont on a tellement besoin, qui ferait tellement de bien.

 

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#tensionsexuelle

A l'inverse de toi Christine, j'ai envie de dire que les femmes ont besoin de vrais hommes, de vrais guimauves féminisées. Des hommes qui mettent de la crème si ça leur plaît (non mais mettez en sérieux, l'hydratation c'est pas que pour ta mère). J'ai besoin d'hommes qui écoutent leurs désirs, et choisissent qui ils souhaitent être vraiment. Des hommes avec des muscles dessinés. Des hommes fins, grands, élancés. Petits. Barbus. Imberbes. Masculin. Effeminés. Avec des costumes, avec des jeans déchirés. Des hommes en jupe, aussi.

Des hommes avec du khôl, s'il-vous-plaît. Tu ne sais pas Cricri, tu n'imagines pas comme moi, ça me plaît.

Je me rappelle d'une soirée alcolisée dans un train de nuit en Thailande, à danser avec un katoï en robe et talons. Les même vêtements que moi. Sa voix dans mon oreille pour me demander "Are you happy in Thailande? Do you want to be more happy in Thailande?" Et je peux t'assurer Christine mon petit chat, il n'y avait aucun problème à ce moment là pour savoir où était la virilité.

J'ai besoin du flou des genres, de respecter les codes et de tous aussi les envoyer valser.

J'ai besoin qu'on me chante la serenade à mon balcon, qu'on frappe à ma porte et qu'on m'embrasse. Et j'ai besoin qu'on puisse aussi faire la cour aux garçons. J'ai besoin que des garçons fassent la cour à d'autres garçons, aussi. J'ai besoin de toutes les couleurs du spectre de l'orientation sexuelle. J'ai besoin qu'on s'éloigne de tous ces règles moribondes qui nous dictent encore et encore comment on doit vivre, et quelle est notre propre définition.

Nous avons besoin de vrais hommes, et c'est-à-dire que nous avons besoin de vraies personnes. Qu'ils se définissent comme ils le désirent, qu'ils s'éloignent enfin de tes idées névrosées. Nécrosées. Arriérées. Qu'on les laisse enfin être qui ils veulent, ce qu'ils veulent, quand ils le veulent. Qu'ils embrassent des hommes ou des femmes, des carrières ou des causes admirables. Qu'ils sachent qu'on est là aussi pour changer ce sexisme qui les écrase, qui voudrait les diminuer quand ils s'éloignent de ce qu'il conviendrait d'être pour être un vrai mâle.

Garçon, j'a envie de toi parce que justement, je n'ai plus besoin de toi. Le courage, je l'ai déjà. Continuez à changer, continuez à évoluer. Et ce genre de discours rétrograde sur les critères à avoir ou non, un jour peut être qu'ils cesseront. Quand on laissera moins de paroles aux vieilles reliques du passé, qu'on parlera moins du temps d'avant et plus des progrès.

Soyez viril, épilez-vous. Hydratez-vous. Ou ne faites rien, et ça sera parfait aussi. Soyez vos propres choix de la virilité, vos propres codes, vos propres nouveautés.

Et les vieilles gargouilles pourront bien encore hululer.

On s'en fout, nous, on a toute la vie devant nous pour avancer.