Le blabla du jour qui fait "Cause these words are knives that often leave scars"

J'ai recommencé à écrire depuis quelques semaines. Mais pas ici. Une centaine de pages, et j'en écris trois chaque matin. Je retrouve le chemin de mes mots. Je retrouve le chemin de ce que j'ai à me dire.

J'espère que vous ça va aussi les chatons. J'espère que vous allez bien.

Je vous envoie tout l'amour que j'ai et je vous dis à très vite.

 

Thème du jour :

Le droit de prendre le temps de cicatriser

 

Aujourd'hui, le soleil est doré dans le ciel et il n'y a aucune nuage. Les jours raccourcissent mais l'hiver n'est pas encore là, on a un sursis d'été. Un rab inespérée dans cette rentrée qui sent encore la crème solaire et les verres de vin blanc en terrasse. Aujourd'hui est une belle journée, dans une vie d'automne plutôt douce.

Aujourd'hui, j'ai toutes mes cicatrices à vif et ça me donne envie de crever.

Je crache mon chagrin comme une tuberculeuse, j'ai l'impression d'être partout ensanglantée. Je suis pleine de sang coagulé, j'existe à moitié. Ça fait des jours que j'essaie de stopper les fissures, que je sens arriver l'inondation programmée. Que je bouche avec mes mains des craquelures qui m'engloutissent déjà en entier. Que je me morcelle, que je me craquelle de partout et que je ne peux rien faire. J'attends que ça lâche, en priant pour que mes pansements arrivent à faire tenir un barrage sur le point de céder.

C'est à cause de mes dates anniversaire des évènements qui m'ont traumatisé. Cet enfer de chaque année. Cet enfer qui n'atteint que moi. Qui me fout par terre, pendant que tout le monde continue de marcher. Qui me fait trébucher chaque putain d'année, chaque putain de fois. Tout le monde tient debout et moi je n'arrive pas à rester droit. Je me casse la gueule dans mes souvenirs qui me font des croche-pattes. Je m'effondre dans ma narration interne pendant que le monde continue de tourner. Je suis toute seule dans mon chemin en pente. A chaque fois, j'y crois. Pas cette fois. Pas encore. Stop, c'est fini maintenant. Tu n'as plus le temps pour ça.

Je me bats tous les ans contre un hydre qui n'en a que foutre que je lui coupe une tête ou deux. Qui repousse à chaque fois, qui revient croître en moi comme si de rien n'était. Qui plante ses racines dans mes cicatrices pourtant solides, pourtant bombées. Et qui m'arrache les agrafes, à chaque fois. Et encore, en début d'autome ça va. Le pire reste décembre, chaque année. J'achète toujours plus de décorations de noël, toujours plus de paillettes et de lumières scintillantes. Je fabrique des calendriers de l'avent, je mets des guirlandes partout. Parce qu'en vrai, j'essaie de me rassurer parce que je crève de peur de sentir les dates d'anniversaires approcher. Ces dates de cette histoire qui n'avait d'amour que le nom.

En décembre, ça fera cinq ans. Cinq révolutions de la Terre qui revient toujours au même endroit, à la même exact localisation où le sol s'est émietté sous moi.

On me dit que c'était il y a longtemps, on me dit que je devrais passer à autre chose. Que ma vie va bien maintenant. Que j'ai un joli amoureux, un travail que j'aime, même deux, une jolie future maison. Trois chats un peu pourris mais mignons. De quoi je me plains, hein, de quel droit vraiment. Tout va bien en 2018, tout va bien. Dans le guide du chagrin, article 4 page 243 : "Les chagrins ne durent pas, ils n'en ont pas le droit. Nous n'avons pas le temps pour les deuils qui s'eternisent, c'est contraire à la loi".

J'ai perdu mon tour de parole, je n'ai plus le droit de me plaindre. Plus le droit de dire que j'ai mal parfois comme si c'était la veille. Comme quand le temps est changeant et que mes cicatrices se réveillent. J'ai mal comme une douleur d'un membre fantôme, partout en même temps. J'ai mal à l'intérieur, parfois, j'ai mal au coeur d'avoir eu tant mal avant. Le temps n'existe plus, j'ai mal sous mes côtes comme si on était hier. Ça me fait penser à Prévert, au poème où il parle du coeur comme un oiseau, l'oiseau qui soudain prend peur L'oiseau qui soudain se cogne L'oiseau qui voudrait s'enfuir L'oiseau seul et affolé L'oiseau qui voudrait vivre L'oiseau qui voudrait chanter. J'ai mal dans ma cage thoracique comme un oiseau affolé. Cinq ans après, je suis enfermée dans un souvenir et je n'arrive pas à m'échapper.

J'ai mal et pourtant la date de péremption de mon chagrin est dépassée. Mais la moi d'il y a cinq ans tambourine partout pour me rappeler qu'elle souffre, dans un espace temps pas si éloigné. J'ai mal à celle que j'étais et que je ne suis plus. J'ai mal à cette fille pleine d'innocence, j'ai mal là où elle souffre. J'ai mal de cette histoire d'amour vampirisante, cette histoire digne d'un mauvais conte d'autrefois. Quand je la raconte cinq ans après, on écarquille les yeux et on a du mal à y croire. Les monstres, enfin, ça n'existe pas en vrai.

Et pourtant si, il y a cinq ans, il y a eu tout ça. Cette lutte pour la survie, cette abysse là. Je t'aime un peu beaucoup passionnément à la folie. Pas du tout. Les voiles de mensonges qui se lèvent et la vérité toute nue, aveuglante. Tout ce qui se jouait déjà dans cette relation toxique et que je ne voyais pas. Et que j'ai découvert, d'un coup, à m'en brûler les pupilles. Je ne lis pas ce que tu écris parce que tu fais trop de fautes et j'ai honte pour toi. J'ai honte de toi. Tu ne m'a pas laissé le choix que de te faire du mal. C'est parce que tu étais comme ça que j'ai fait ça. Tu ne penses pas à moi, tu ne penses qu'à toi. Tu ne me quitteras pas parce que tu préfère avoir le statut de victime devant tes amis. Tu as tellement grossi, tu voulais que je fasse quoi? Tu crois que je ne souffre pas de t'avoir fait du mal?  Tu ne fais jamais attention à moi. On me dit que je mériterais d'être avec une femme plus belle que toi. 

Combien de temps ça prend, de cicatriser de ce chagrin là ? Ce chagrin qui m'avait foutu à terre, littéralement. Avec quelqu'un qui ne supportait pas d'avoir perdu la face et qui me mangeait la tête. J'étais au sol, et ça m'a laissé des traces. Je ne peux pas faire comme si tout allait bien, comme si rien ne s'était passé. J'essaye mais ça ne marche pas. Mon chagrin ne rentre pas dans les masques que je veux me faire porter.

Ça va mieux, je vais mieux. Mais parfois. Parfois, ça se casse la gueule. Parfois je passe mon temps à pleurer celle que j'étais. Ça à laissé des marques dans ma peau de poupon de l'époque. Ça a laissé des traces qui me reviennent, des années après. On ne sort pas indemne d'une relation toxique. On s'en sort en brûlant tout ce qu'on a été. On brûle tout pour renaître, pour revivre, pour muer. Une nouvelle peau plus solide, plus résistante. Mais en dessous, les agrafes et les fils non résorbables.

Il parait qu'à la suite d'une intervention chirurgicale, un nerf repousse à la vitesse de 1 millimètre par jour.

Dans combien de jours j'aurais fini de saigner? Dans combien de jour tout aura repoussé ?

A chaque fois je pense que ça y est. C'est bon, ça tient, c'est solide, c'est résistant. Et pourtant non. Pas encore. Pas assez. Du rouge partout et moi qui hurle. Moi remplie de colère de patauger dans mon sang tiède alors que merde, putain, merde. Fait chier. C'était censé être fini. J'étais censé être réparée. C'est pas bientôt terminé ce bordel là, a la fin. L'entourage qui ne comprend pas et qui dit que je n'ai plus de raison d'avoir ce chagrin. Et moi avec mes mains ensanglantées, avec mon coeur seul et affolé. Putain mais j'y peux rien. J'ai écrit des pages et des pages sur cette peine là et pourtant je ne me suis pas tarie. Je ne suis pas asséchée. J'ai lu des livres, j'ai suivi des manuels à la lettre. Deuil, mode d'emploi. Mais ça ne me dit pas comment faire le deuil de moi. Comment je peux finir par me consoler tout à fait.

Comment apprendre à me pardonner d'avoir laissé quelqu'un me faire autant de mal. Comment apprendre à ne pas me consumer de colère quand mes souvenirs me récupère. Comment arrêter de m'en vouloir quand je retombe encore une fois. Une énième fois. Les genoux écorchés. Toujours au même endroit.

Laissez nous prendre le temps de cicatriser. Certains deuils mettent plus de temps que d'autres. Certains chagrins sont plus lourds à porter. Certains prennent des années. Certaines ne sont pas linéaires. On croit qu'ils sont finis, qu'ils sont partis pour de bon. Et ils reviennent remettre des coups de griffes, comme une bête sauvage pas apprivoisée. Comme un monstre de conte de fée. Ils se cachent dans le noir et attendent le bon moment pour nous rebouffer.

Laissez nous du temps. Laissez nous parler de nos deuils, parler de notre colère ou de notre peine qui s'accumule au compte goutte. Même si ça fait longtemps. Même si on ne devrait plus. Laissez nous gérer nos émotions quand on peut. Laissez nous souffrir si c'est par là qu'il faut en passer. Un jour, les cicatrices ne se ré ouvriront plus. Un jour, notre nouvelle mue sera complète et on arrêtera peut être de souffrir de nos chagrins passés.

Je demande mon droit à la cicatrisation. J'exige mon droit au temps et mon droit à saigner, encore. Je suis forte. Je suis puissante. J'ai survécu à une histoire qui a failli me faire mourir.

J'exige d'avoir le droit d'avoir encore mal, j'exige d'avoir le droit de ne pas cacher mes blessures. De ne pas tout planquer sous le présent qui va mieux. Sous des couches de maquillages et d'émoji sourire. J'ai parcouru le monde, j'ai crevé de peine sur les ponts du monde entier. J'ai griffé des corps inconnus dans des chambres que je n'ai jamais revu. J'ai mis la terre à feu et à sang pour pouvoir me relever. J'ai fait tous les efforts possibles, j'ai tout donné et j'ai réussi.

Mais les relations toxiques empoisonnent, même des années après. Je n'ai pas encore tous les antidotes. Je lutte encore, parfois. Je suis encore toute empoissonnée, certains jours. J'ai l'impression d'être radioactive. D'être à vie contaminée.

Mais nous y arriverons. Un jour après l'autre. Un antidote après l'autre. Un pas après l'autre. Un millimètre après un millimètre. Nous finirons par cracher tout ce chagrin qui nous submerge. Qui nous englouti. Qui nous fait boire la tasse. Mais qui ne nous a pas noyé.

Nous sommes plus fortes que nous l'imaginions. Je suis née de mes cendres, il y a cinq ans. J'y ai laissé ma peau, et j'en ai pris une plus grande.

Nous sommes plus puissantes que nous le pensions. Je suis forte, je suis puissante. Je ne suis plus à terre. Je suis debout, sur mon enfer refermé.

Nous méritons d'avoir le droit de trébucher, encore. Nous méritons d'avoir le droit de nous relever, encore. Autant de fois qu'il le faut.

Nous sommes les survivantes de nos histoires qui ne nous ont pas tué. Je suis la survivante de cette toxicité qui m'a laissé exsangue mais pas achevée. My head is bloody but unbowed, comme je l'ai écrit en haut de mon miroir pour que mon reflet en soit tous les jours couronné.

Je demande d'avoir le droit de ne plus cacher mes cicatrices parce qu'elles ne sont pas jolies à voir. Elles sont la preuve que j'ai résisté.

Et un jour, elles ne ré ouvriront plus.

Ni les miennes, ni les tiennes.

Nos vagues nous toucheront encore mais ne nous engloutiront plus.

Promis.

Juré.

Craché.

 

PMOT5347